Conférence de presse du SI.EN-UNSA Education
 

30/08/2010 : Face à une situation qui se dégrade de jour en jour au sein du système éducatif, tandis que le ministre de l'Education nationale affirme avec presque autant de sérieux que d'aplomb que "tout va bien", le SI.EN-UNSA Education remet les pendules à l'heure au cours d'une conférence de presse de rentrée.

Echos dans la presse :

 

 PARIS, 30 août 2010 (AFP) - Le principal syndicat des inspecteurs (pédagogiques) de l'Education nationale, le SI-EN Unsa, a lancé lundi un "coup de semonce", avertissant que pour cette rentrée, "tout était loin d'aller très bien".
 

Le SI-EN Unsa (majoritaire chez les inspecteurs de l'Education nationale, dits "IEN") faisait pour la première fois de son histoire (depuis 1990) une conférence de presse de rentrée, parce que "l'heure est grave pour le système éducatif", a déclaré Patrick Roumagnac, secrétaire général du syndicat.
 

"A l'heure actuelle, sur le terrain, ce que demandent les recteurs et les inspecteurs d'académie aux inspecteurs de l'éducation nationale (IEN) et aux IA-IPR (inspecteurs pédagogiques régionaux), c'est 'faites que tout aille bien', ou plus précisément 'faites qu'il n'y ait aucune vague'... La rentrée se présente comme ça".
 

Or "sur le terrain, tout est loin d'aller très bien", a-t-il observé.
 

Il a notamment déploré les 16.000 suppressions de postes dans l'Education cette année, le "casse du siècle", qui se traduit pour les IEN par une baisse des moyens attribués (notamment du nombre de secrétaires).

 

Sur la réforme du lycée, on est en train de nous expliquer que tout va bien. La réforme est utile, mais elle va nécessiter du temps (...) On n'est absolument pas en mesure de mettre en musique tout d'un claquement de doigt", a-t-il dit.
 

Par exemple, "est-ce que les groupes de langue (nouveauté de la réforme du lycée pour l'enseignement des langues, ndlr) seront opérationnels dans les quelques semaines qui viennent ? Non", a-t-il dit.
 

M. Roumagnac a aussi critiqué la réforme de la formation des enseignants, qui est "une dégradation extrêmement sensible par rapport à la situation antérieure". Selon lui, "pour limiter la casse", il est demandé de mettre le maximum de moyens pour les jeunes stagiaires (professeurs tout juste recrutés), mais cela va se faire "au détriment d'autres actions de formation" ou "de la formation continue des enseignants".
 

Il a affirmé qu'il y avait une "grande difficulté à recruter les tuteurs", ces professeurs expérimentés qui vont accompagner le stagiaire durant l'année scolaire, dans le cadre de cette réforme.
 

"La chasse aux tuteurs n'a pas été une chasse facile, et comme toute chasse, ce qu'on a obtenu c'est le plus fragile". Ainsi ont accepté d'être tuteurs "de jeunes professeurs" qui selon lui ne sont pas encore aptes à aider les débutants "dans leur professionnalisation". Il a enfin estimé qu'il y avait une "crise de confiance extrêmement forte entre les enseignants et le ministre de l'Education" car "il y a un "décalage de plus en plus grand entre leurs inquiétudes et les réponses du ministre".


 

AEF : « Le ministère demande aux inspecteurs de faire en sorte qu'il n'y ait pas de vague » (Sien-Unsa)


« La tension est de plus en plus forte entre les inspecteurs sur le terrain et leur hiérarchie de proximité -inspecteurs d'académie et recteurs », affirme Patrick Roumagnac, secrétaire général du Sien-Unsa, lundi 30 août 2010, à l'occasion de la « toute première conférence de rentrée » organisée par ce syndicat d'inspecteurs. Il évoque « une chaîne de pressions qui part du ministère jusqu'aux IA », ceux-ci apparaissant dès lors « de plus en plus déconnectés des réalités ». « Il est demandé aux inspecteurs dans les lettres de mission qui leur sont envoyées de faire du résultat. J'ai l'impression que le ministère de l'Éducation nationale est devenu le porte-parolat du gouvernement », insiste Patrick Roumagnac, à propos des 16 000 suppressions de postes prévues au budget 2011 du MEN (AEF n°134758) et (AEF n°134766).

Le Sien-Unsa compte 1 000 syndiqués sur 1 800 IEN et 50 parmi les 1 200 IA-IPR.

« Dans le premier degré, on nous demande de mutualiser, notamment en partageant nos secrétaires. Ainsi une secrétaire se retrouve avec la gestion de deux circonscriptions, soit 700 enseignants et 8 à 10 000 élèves. Voilà les moyens de fonctionnement d'un inspecteur aujourd'hui », constate le secrétaire général du Sien-Unsa. « Nous sommes au sommet de la mutualisation-catastrophe : chaque jour des enseignants nous téléphonent. Nous leur apporterons désormais deux fois moins de réponses. »

Le ministère demande aux inspecteurs de « faire en sorte qu'il n'y ait pas de vague » car « Luc Chatel veut le calme partout ». Aussi, « quand le ministre dit 'Tout va bien', nous devons montrer que 'Oui, tout va bien'. Mais tout est loin d'aller très bien ! », s'exclame le secrétaire général du Sien-Unsa, qui cite à cet égard un certain nombre d'exemples :

FORMATION DES ENSEIGNANTS. Patrick Roumagnac estime que « le ministère est en train de déplacer le champ d'action des inspecteurs » dans le cadre de la masterisation. « On demande aux inspecteurs de s'investir davantage sur le terrain auprès des enseignants stagiaires pour limiter la casse. » Ainsi les IA-IPR vont-ils « concentrer leur action sur la formation des jeunes au détriment d'autres actions de formation, notamment celles destinées à l'ensemble des enseignants en poste comme l'accompagnement des projets pédagogiques par exemple » ? « Dans quelques semaines, on va entendre que l'accompagnement des professeurs stagiaires ne se passe pas si mal, que le ministre finalement a eu raison, qu'on consacrait nettement trop de moyens auparavant à la formation des enseignants. Mais à terme ? », interroge Patrick Roumaganac avant d'avancer : « On retrouvera l'impact de la masterisation comme on constate aujourd'hui le délitement progressif que connaît la formation continue des enseignants depuis quelques années. »

Le secrétaire général du Sien-Unsa ajoute que « la chasse aux tuteurs n'a pas été facile ». « Les rectorats auront obtenu les plus fragiles, ceux qui n'auront pas eu la force de résister au chasseur… » Ainsi, « des enseignants jeunes qui n'ont pas encore les moyens suffisants pour aider les collègues vont se trouver en position d'assurer la professionnalisation des stagiaires » (AEF n°136585). Patrick Roumagnac redoute que « cette situation ne développe des ancrages de défense contre les élèves ». « Car aujourd'hui, les jeunes enseignants se disent 'Comment je vais tenir?' et pas 'Comment vais-je amener mes élèves vers la réussite?' ».

RYTHMES SCOLAIRES. « On est passé d'un claquement de doigts d'une semaine de cinq à quatre jours, sans se préoccuper des conséquences. Aujourd'hui, pour répondre aux inquiétudes légitimes, notamment des parents d'élèves, on propose de repasser d'un claquement de doigts inverse, à la semaine de cinq jours. Mais toujours sans se préoccuper de savoir quelle est l'adhésion des équipes et la réalité de terrain », relève le secrétaire général du Sien-Unsa, qui voit là « une réponse politique et non pédagogique ».

Interrogé sur le cas des enseignants en « résistance pédagogique », il reconnaît « avoir eu parfois avec eux des relations tendues ». « Mais Alain Refalo [initiateur du mouvement] a indiqué qu'il veut tendre la main aux inspecteurs (AEF n°136436). Je vais prendre attache avec lui pour le rencontrer et trouver un terrain de convergence car nous avons la même préoccupation : servir l'intérêt des élèves », poursuit Patrick Roumagnac. Et pour cela, « il ne faut de réponse globale et dogmatique ».

Par ailleurs, Patrick Roumagnac, indique qu' « aucune instruction explicite en faveur de l'indulgence n'a été demandée cette année aux inspecteurs vis-à-vis des enseignants qui refusent d'appliquer l'aide personnalisée » (AEF n°135121). Mais « dans le chorus qui veut que nous ne fassions pas de vague pour signifier que tout va bien, [cette attitude indulgente] en fait partie. Nous devons éviter tous les sujets qui posent problème ».

RÉNOVATION DE LA VOIE PROFESSIONNELLE. « Le ministère nous affirme que tout va bien, que la réforme du bac pro en trois ans est une réponse parfaite pour les élèves les plus en difficulté, avec l'idée de la certification intermédiaire. Mais encore faut-il que ce dernier ait une crédibilité. Et les chambres professionnelles ne l'ont pas encore trouvée », affirme-t-il. La certification intermédiaire obtenue par les élèves après les deux premières années de bac professionnel risque de ne « pas être reconnue sur le marché du travail ».

RÉFORME DU LYCÉE. « Là encore, le ministère nous dit que tout va bien. Il n'y a pas de livres ? Ce n'est pas grave, il existe d'autres ressources. Les groupes de niveau en langues ? Aucun souci, cela va se faire sur le terrain. Mais, soyons sérieux ! Un groupe de langue composé de façon hétérogène peut être à un certain moment utile pour tous », estime Patrick Roumagnac. « Il reste tout un travail à entreprendre sur la réforme du lycée. Acceptons l'idée qu'il faut du temps, des moyens, des synergies et que cela doit être travaillé sans la pression du ministère qui attend des résultats tout de suite. »

Par ailleurs, le Sien-Unsa publie une nouvelle version de sa revue trimestrielle « L'inspection, réalités & prospective » dont le numéro de septembre est intitulé « Casse du siècle : 16 000 emplois disparaissent ». « Il s'agit d'une réalité subie, qui marque le fonctionnement du système éducatif aujourd'hui », commente son secrétaire général.

 

Café Pédagogique : Des inspecteurs annoncent "des dégradations profondes" du système scolaire

La politique actuelle menace en profondeur le système scolaire, estime Patrick Roumagnac, secrétaire général du SI.EN-UNSA (syndicat de l'Inspection de l’Éducation nationale), à l'occasion de la conférence de presse de rentrée, ce lundi 30 août. Les dégâts ne seront pas visibles immédiatement, mais ils seront durables et lourds. Accompagné de Michel Volckcrick, secrétaire général en charge du premier degré, et en présence Patrick Gonthier, secrétaire général de l'UNSA et de Philippe Tournier, responsable du SNDPEN (syndicat des chefs d'établissements), partenaires d'une orientation fédérale, Patrick Roumagnac évoque quatre dossiers exemplaires de cette détérioration alarmante : la formation des enseignants, les rythmes scolaires, la rénovation de la voie professionnelle et la réforme du lycée.

Lisez la suite du reportage du Café

 

Revue de Presse AEF :

CONTESTATION. « Le ton se durcit avant la rentrée », titre « Le Parisien » (p. 14), rapportant que « les critiques pleuvent » sur le ministre de l'Éducation nationale, Luc Chatel, « à deux jours du retour dans les classes ». « La Croix » (p. 10) consacre un article à « la rentrée offensive des syndicats de l'enseignement ». « Les Échos » (p. 12) signalent que l'inquiétude touche « pour la première fois de son histoire » le SI-EN Unsa , principal syndicat des inspecteurs de l'Education nationale, qui juge que « l'heure est grave pour le système éducatif ».

 

lemonde.fr (1er septembre 2010)

La colère des inspecteurs de l’éducation nationale

01.09.10 | 14h53

"Luc Chatel, à force de répéter 'aie confiance', peut postuler à un rôle dans le prochain film Le Livre pédagogique de la jungle", assène ironiquement, lundi 30 août, Patrick Roumagnac, secrétaire général du SIEN-UNSA, syndicat qui regroupe 1 000 des 1 800 inspecteurs de l'éducation nationale (IEN) de l'enseignement primaire et de l'enseignement professionnel. Le responsable syndical déplore les propos lénifiants du ministère. "Les inspecteurs constituent l'interface entre le ministère et le terrain. Il leur est demandé d'éviter les vagues et de faire passer le message que tout va bien. Ce n'est pas le cas. Au contraire, le mécontentement et l'incertitude sont très grands dans les établissements scolaires."

Patrick Roumagnac constate que la réforme du lycée, présentée comme entrant en acte en classe de seconde à la rentrée, est en fait un chantier qui ne se mettra en place que progressivement : "Il est faux, par exemple, de penser que l'enseignement des langues va s'effectuer par groupes de compétence par l'effet d'un simple claquement des doigts ministériel. Nombre d'enseignants n'y sont pas prêts."

CRISE DE CONFIANCE

Il relève également la réticence des professeurs expérimentés à servir de tuteurs aux professeurs débutants comme le prévoit la réforme de leur formation : "La chasse aux tuteurs a été difficile. Seuls ont cédé aux chasseurs ceux qui ne pouvaient refuser, soit les enseignants nouvellement arrivés dans le métier. La rentrée s'effectuera peut-être de façon indolore puisque les inspecteurs ont mobilisé leurs forces dans le soutien à ces néo-professeurs. Mais ils l'ont fait au détriment de leurs autres tâches, notamment les actions de formation continue. A terme, les conséquences pourraient se révéler calamiteuses."

Le syndicaliste relève une crise de confiance chez les enseignants : "Il ne s'agit pas d'un simple conflit sur un point précis. Cela, on sait le gérer. Le mal est beaucoup plus profond. Les enseignants n'ont plus le moral face à un ministère qui donne l'impression de naviguer au coup par coup, sans que l'on saisisse la ligne de force de sa politique éducative."

Consulter l'article sur Le Monde.fr et réagir

 

08/09/2010 : VousNousIls

Qualifiant notamment les 16.000 suppressions de postes programmées cette année dans l'EN de « casse du siècle », Patrick Roumagnac, le secrétaire général du syndicat a averti : « sur le terrain, tout est loin d'aller très bien ! »

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Mediapart : Les cadres de l’éducation sont en pleine «crise de confiance»

Louise Fessard

Article publié le vendredi 03 septembre 2010