Ministère de l'Education nationale - Inspection générale

verani1b.gif (2007 octets)    Rapport DULOT, FERRIER, MENAGER - Mars 2000
Les tâches des Inspecteurs territoriaux

 

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Résumé

 

            La mission confiée aux deux inspections générales consistait à identifier les tâches effectuées par les corps territoriaux d’inspection (IEN et IA.-I.PR), à évaluer ce qui, dans ces tâches, relève de la gestion administrative et à proposer des solutions afin qu’une part plus importante de leur activité soit consacrée à l’inspection et à l’animation pédagogique.

 

            L’investigation, conduite principalement sur la base d’un questionnaire écrit adressé à plus de 500 inspecteurs et de renseignements collectés lors de plusieurs déplacements dans les académies, a d’abord mis en lumière la grande diversité des situations :

 

         • diversité dans les conditions d’exercice du métier : aussi bien dans le poids des charges, le champ géographique d’intervention, le nombre d’établissements et d’enseignants en responsabilité que dans la qualité des moyens logistiques dont dispose chaque inspecteur ou dans la nature même des missions qui lui sont confiées ;

 

         • diversité aussi dans la définition des missions telles qu’elles apparaissent dans le décret statutaire : inspection et évaluation, participation aux examens et concours (tâche particulièrement lourde pour les inspecteurs des enseignements technique et professionnel), formation et animation, relations avec les établissements... Ainsi apparaît la polyvalence de l’inspecteur mais il existe aussi des écarts importants d’une catégorie d’inspecteurs à l’autre et, au sein de chaque catégorie, d’un inspecteur à l’autre.

 

Cette diversité des situations ne masque cependant pas l’unité de la problématique. Car le constat d’ensemble reste le même : comme on pouvait le craindre, la multiplicité des taches tend à éloigner les corps d’inspection de leur mission première, au point que celle-ci est de moins en moins leur première mission.

 

            Si chacun reconnaît la prééminence de principe de la mission originelle d’inspection et d’animation pédagogique qui doit garantir la qualité de l’enseignement, tous s’accordent à dire que, dans les faits, divers obstacles viennent contrarier ce primat de la fonction pédagogique.

 

            En effet, bien d’autres activités se sont ajoutées à cette mission initiale : demandes d’avis et d’expertise, participation à des enquêtes, contacts et réunions institutionnels, relations avec les partenaires, gestion des ressources humaines, organisation de la formation, missions particulières confiées par l’administration centrale, le recteur ou l’inspecteur d’académie...

 

            Le mode même de fonctionnement de la vie académique concourt à cette situation. Beaucoup d’inspecteurs dénoncent, notamment, la prolifération des réunions qui saturent leurs agendas,  compromettent leurs plans d’inspection et, en les mobilisant, raréfient leur présence dans les établissements. Il en résulte un éparpillement de la fonction, une mise en miettes du travail d’inspection.

 

            Ce constat mérite cependant d’être quelque peu atténué. Aussi fâcheux soit-il, il ne constitue pas pour autant un détournement de fonction. En effet, la frontière entre pédagogie et administration s’avère particulièrement fluide, et bien des interlocuteurs, discutant ce dualisme conceptuel un peu sommaire, ont eu du mal à faire le tri, parmi leurs activités, entre celles qui relèveraient de l’un ou de l’autre de ces ordres. En outre, la quasi-totalité des activités des inspecteurs gardent une dimension pédagogique et les tâches dites «administratives» sont plutôt des tâches d’administration pédagogique.

 

            Il n’en reste pas moins que l’évolution enregistrée dans l’activité des inspecteurs s’est faite au détriment de leur présence dans les classes, au plus près des enseignants et des élèves.

 

            Avant de rechercher des solutions, il a paru indispensable de s’interroger sur les raisons d’une telle évolution. Or les facteurs explicatifs se situent à la fois dans la sphère scolaire, voire « sociétale », et du côté des instances qui ont la charge de l’administrer.

 

            Il est certain d’abord que les besoins de l’appareil éducatif se sont accrus. Du fait de l’évolution de la société, de la nouvelle répartition des compétences née du double mouvement de décentralisation et de déconcentration, du développement de la politique éducative dans le souci de mieux répondre aux exigences du système scolaire et aux difficultés des publics accueillis (ZEP, démarche de projet, politique contractuelle...), le champ d’intervention des corps d’inspection s’est peu à peu élargi. Cet élargissement s’est trouvé à la fois consacré et accru par les textes statutaires de 1990 qui les régissent. De surcroît, bien des tâches tendent à se complexifier, comme le montre l’exemple de l’enseignement du premier degré, où le métier d’IEN demande une polyvalence croissante, ou encore celui des examens et concours dont la charge tend à s’alourdir avec l’apparition de nouveaux modes d’évaluation. Il en résulte que les corps d’inspection sont de plus en plus sollicités par les services académiques, en quête d’un regard expert. Mais alors même que les autorités éducatives mobilisaient davantage, et de manière parfois désordonnée, les corps d’inspection, elles n’ont pas su leur donner les moyens d’assurer convenablement leurs missions.

 

            Ainsi, l’exercice de la fonction d’inspection ne bénéficie pas d’éléments « facilitateurs » et, souvent, le problème, pour les inspecteurs, n’est pas que l’administration leur demande trop, mais qu’elle ne leur apporte pas assez. La logistique, dans la plupart des cas, ne suit pas : les inspecteurs du second degré, notamment, ne disposent presque jamais de véritables secrétariats; l’accès aux informations de base nécessaires est rarement aisé; enfin le budget destiné aux déplacements reste limité. Dans le second degré au moins, la nécessité de s’auto-administrer constitue une contrainte lourde, mobilisant un temps et une énergie qui seraient mieux utilisés ailleurs. En outre, les inspecteurs ne peuvent guère s’appuyer sur des relais qui leur permettraient de démultiplier leur action et de mieux encadrer les enseignants dont ils ont la responsabilité : dans le premier degré, ces relais existent par le biais des conseillers pédagogiques, mais des manques subsistent quantitativement et qualitativement ; dans le second degré, sauf cas très particuliers, ils sont tout simplement Inexistants. Les inspecteurs sont donc insuffisamment secondés.

   

            Ils sont aussi et surtout insuffisamment pilotés. La fonction d’inspection est trop généralement négligée par les autorités académiques, et ceux qui l’exercent laissés à eux-mêmes. Cette carence de « management » s’observe peu dans le premier degré où, grâce à la tenue régulière de conseils d’IEN, l’inspecteur d’académie anime l’équipe d’inspecteurs. Elle est en revanche très sensible dans le second degré, où le « programme de travail académique », arrêté de concert par le recteur et le correspondant de l’IGEN, ne joue pas, actuellement en tout cas, le rôle d’impulsion, de coordination et de régulation qui devrait être le sien, dans le cadre d’un vrai projet académique qui aurait su intégrer aussi la dimension d’un « projet pédagogique ». Pour l’heure, les autorités académiques privilégient encore trop souvent un pilotage gestionnaire au détriment d’un pilotage pédagogique, comme si elles avaient oublié l’élève, et comme si le souci des moyens avait pris le pas sur celui des fins.

            C’est dire que les fonctions d’inspection et d’animation méritent d’être développées et renforcées. Une articulation réussie entre le disciplinaire et le transversal en est l’enjeu majeur. Sur le terrain, le besoin est très perceptible, aussi bien chez les enseignants que chez les chefs d’établissement, et il se révèle grandissant. De ce besoin, chacun d’ailleurs est parfaitement conscient, à commencer par les inspecteurs eux-mêmes, unanimes à déplorer de ne pas pouvoir mieux y répondre.

 

            Les voies de la remédiation doivent être, pour certaines, appropriées à chaque niveau d’enseignement et, pour d’autres, communes à tous les corps d’inspection.

 

         • Les inspecteurs du premier degré occupent une position particulière et, à certains égards, enviable : grâce à leur enracinement local et au maillage pédagogique dont ils bénéficient, ils forment à la fois un échelon de proximité et une force d’impulsion et de coordination Il est néanmoins  nécessaire de recentrer leurs activités en rationalisant davantage le fonctionnement des services administratifs des inspections académiques (afin d’éviter les redondances et les pertes d’énergie), en veillant à ne pas confier aux inspecteurs des tâches d’organisation pure, particulièrement en matière d’examens et concours, et en limitant le temps qu’ils consacrent à la formation, dans le souci de ne pas obérer à l’excès leur emploi du temps et de leur laisser le maximum de disponibilité.

Il est souhaitable aussi de moderniser les structures en repensant le cadre juridique des écoles (en s’interrogeant en particulier sur la possibilité de les ériger en EPLE) et en dotant les inspecteurs de véritables outils de gestion.

 

          • Quant aux inspecteurs du second degré, il convient de les mettre en mesure eux aussi d’assurer leur mission première. Pour les y aider, il devrait être possible de les dégager de quelques-unes de leurs charges, par exemple en matière d’enquêtes ou de participation aux instances institutionnelles (certaines CAPA). Les véritables allégements restent toutefois tributaires  d’hypothétiques évolutions externes, notamment dans le domaine des examens et concours: la lourde charge qu’ils représentent ne peut être significativement allégée sans une modification des procédures de certification.

Il n’est pas douteux non plus que le dispositif serait beaucoup plus productif si l’on améliorait surtout les conditions d’exercice de la fonction en donnant aux inspecteurs, à travers un renforcement de la logistique (un vrai secrétariat, un équipement digne de ce nom, un accès aisé aux informations utiles) les moyens d’un véritable professionnalisme.

 

         • D’autres mesures sont communes aux deux niveaux d’enseignement. Certaines sont de nature quantitative. Si l’on souhaite que soient réellement assurées les missions d’inspection et d’animation, il est indispensable de doter les corps d’inspection des moyens humains - c’est-à-dire des postes - nécessaires. Il est certain, en effet, que ce n’est pas en réduisant leurs tâches administratives que l’on dégagera des moyens suffisants pour répondre aux besoins. Dans le premier degré, il s’agit d’étoffer les équipes en accroissant le nombre des inspecteurs et plus encore celui des conseillers pédagogiques. Dans le second degré, il s’agit de renforcer de manière très sensible le corps des inspecteurs (on ne voit pas comment un inspecteur pourrait suivre et animer plus de 500 enseignants) et d’instituer des relais qui, là, n’existent pas encore.

 

            D’autres mesures sont de nature qualitative. Elles visent à assurer une meilleure prise en charge de la fonction d’inspection par l’institution éducative toute entière. Ainsi, à l’échelon académique, cette fonction doit-elle être davantage et mieux pilotée. Pour cela, il faut que soit plus clairement identifié un pilote et que soient mis en oeuvre, en termes d’objectifs, d’indicateurs et d’exploitation des résultats, les moyens de ce pilotage.

 

            Au niveau national, dix ans après la publication des textes statutaires qui régissent les corps territoriaux d’inspection, le moment semble venu de redéfinir leurs missions. C’est l’essence même du métier qui mérite d’être clarifiée. En tout cas, l’attente est forte et les besoins, on l’a vu, bien réels.

  

 

Propositions et recommandations

 

DANS L’IMMEDIAT, MIEUX UTILISER LES RESSOURCES DISPONIBLES

 

Propositions communes aux inspecteurs des premier et second degrés

 

Fournir aux inspecteurs les moyens de travailler plus efficacement

         • leur procurer, en temps et en heure, les données dont ils ont besoin (états VS, bases de données comme INPEC ou IPES par exemple),

leur permettre d’accéder aisément à toutes informations complémentaires existantes (ex : EPP) et confier aux CATI ou aux services statistiques départementaux le soin d’exploiter un certain nombre d’informations utiles comme les résultats des évaluations nationales,

mettre à leur disposition des outils de communication adaptés (téléphone, télécopie, messagerie électronique couplée à un ordinateur portable, etc.),

leur assurer les possibilités de déplacement indissociables de leurs fonctions.

 

Faire relayer leur action pour en démultiplier les effets

          • renforcer les équipes qui aident les inspecteurs dans le premier degré et les généraliser dans le second degré,

 • consolider les secrétariats de manière significative.

 

Permettre une meilleure maîtrise du temps

         • mieux organiser la mise en oeuvre des sollicitations ministérielles: assurer leur cohérence avec la circulaire de rentrée, en donner la liste à la fin de l’année scolaire précédente dans toute la mesure du possible, au début de l’année au plus tard, ne pas les multiplier pendant l’année scolaire et laisser aux acteurs de terrain le temps d’y répondre,

rationaliser les demandes des services administratifs des rectorats et des inspections académiques, limiter le nombre des enquêtes et éviter les doublons,

ne pas s’en remettre aux inspecteurs pour les tâches d’organisation pure (examens et concours par exemple),

améliorer la gestion des réunions dont la prolifération anarchique perturbe le bon fonctionnement de l’institution. Libérer deux jours consécutifs par semaine de toute réunion afin de permettre une organisation cohérente du travail d’inspection et d’animation pédagogique.

 

Propositions propres au premier degré

         • établir une liaison directe entre l’inspection académique et les écoles pour toutes les demandes qui ne sont pas d’ordre pédagogique ; transmettre aux inspecteurs le contenu de l’enquête et, à l’issue de la collecte, le résultat pour ce qui concerne le département et leur circonscription,

repousser au mois de juillet l’essentiel des épreuves de recrutement des professeurs des écoles pour lesquelles le concours des inspecteurs est requis,

limiter à deux semaines, au maximum, le temps que les inspecteurs consacrent à la formation continue des enseignants,

insérer les inspections du premier degré dans un réseau informatique cohérent allant du ministère aux écoles, en passant par le rectorat et l’inspection académique.

 

Propositions propres au second degré

         • augmenter d’environ 250 le nombre d’inspecteurs afin que chacun d’eux n’exerce pas sa responsabilité sur plus de 500 professeurs,

mettre systématiquement en place, là où ils n’existent pas encore, des relais sous la forme de conseillers pédagogiques ou d’aides-inspecteurs à temps partiel.

 

 

ENGAGER UNE ACTION A PLUS LONG TERME

 

Dans le premier degré

         • revoir la structure juridique des écoles: réfléchir à la création d’établissements publics locaux d’enseignement dotés de chefs d’établissement, véritables relais pour l’institution en général, les inspecteurs en particulier,

conduire une réflexion sur la nécessité de généraliser les fonctions d’inspecteur du premier degré, adjoint à I’IA-DSDEN,

repenser le rôle des conseillers pédagogiques et la durée d’exercice de la fonction.

 

Dans le second degré

alléger les procédures de promotion des enseignants,

alléger les modalités de certification et mutualiser les sujets des examens,

 

Propositions communes aux inspecteurs des premier et second degrés

élever le niveau des collaborateurs. Recruter les secrétaires des corps d’inspection au niveau de SASU,

améliorer le pilotage des corps d’inspection,

identifier une responsabilité managériale claire et assumée,

mettre en oeuvre les moyens du pilotage :

- associer les inspecteurs à la réflexion préalable conduisant à la rédaction du plan de travail académique,

- fixer le rythme d’inspection des enseignants,

- faire effectuer chaque année un bilan d’activités par les inspecteurs et un plan de travail pour l’année suivante,

- effectuer l’inventaire des compétences particulières disponibles au niveau académique ou départemental afin d’utiliser mieux les compétences et de les mutualiser,

- mieux exploiter les documents élaborés par les inspecteurs, à commencer par les rapports d’inspection

organiser le renouvellement régulier de l’encadrement. Limiter à huit ou dix ans la durée maximale d’exercice des fonctions d’inspecteur dans la même résidence administrative

moderniser et adapter les textes statutaires, donc les missions des corps d’inspection.