Pilotage du système éducatif

    Extrait d'une dépêche de l'AEF du 19/03/04

"La régulation territoriale du système éducatif pose des problèmes de légitimité et de coordination", estime Agnès van Zanten

"La déconcentration, décentralisation, territorialisation du système éducatif pose des problèmes de légitimité et de coordination. On est face à des acteurs mis en position de négocier mais qui sont tous en situation de grande fragilité", déclare Agnès van Zanten, directrice de recherche du CNRS à l'Observatoire sociologique du changement de l'IEP de Paris, au cours du colloque du CREN (Centre de recherche en éducation de Nantes) organisé vendredi 19 mars 2004 à Nantes sur le thème "Quelles régulations pour les politiques d'éducation et de formation?"

Pour Agnès van Zanten, la fragilité des différents acteurs s'explique tout d'abord par la très forte légitimité de l'Etat central, "à la fois d'ordre politique mais qui relève aussi d'une conception sociale, et qui dénie toute légitimité au niveau local". Elle relève notamment la "coupure forte" qui existe entre les inspections académiques et les rectorats, les premiers demeurant un échelon administratif, les deuxièmes ayant un rôle politique. "Alors que les inspecteurs d'académie ont de plus en plus de décisions politiques, et non gestionnaires, à prendre. C'est le cas par exemple avec la carte scolaire", note-t-elle. Yves Dutercq, chercheur au CREN, souligne "le manque de culture commune d'encadrement" et "le manque de continuité entre les politiques rectorales et les politiques des inspecteurs d'académie". Il rapporte les propos de certains inspecteurs d'académie: "Les recteurs arrivent dans un territoire avec leurs marottes, voire leurs équipes. Quant aux secrétaires généraux, qui ont une durée de vie plus longue, ils assurent une relative continuité, et dans certains cas un vrai pouvoir."

COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

Le déficit de légitimité concerne également les collectivités territoriales. "Leur légitimité politique est toujours teintée d'une crainte d'une politique politicienne. Il y a un soupçon permanent des enseignants par rapport aux motivations de la collectivité", explique Agnès van Zanten. L'autre dimension qui engendre un déficit de légitimité des collectivités est l'absence de compétences dans le domaine éducatif. "L'expertise des cadres de l'Education nationale est liée à leur familiarité avec le système éducatif. Elle est déniée à tous ceux qui ne font pas partie du sérail. Cela crée une fracture extrême entre ceux qui font partie du sérail et les autres", souligne Agnès van Zanten. La sociologue estime que "les instances de médiation" (syndicats d'enseignants, associations de parents) sont également en crise. Elle constate enfin que dans le cadre de la décentralisation, les débats ont été "gestionnaires". "C'est la question des moyens qui a primé. Aujourd'hui, il n'y a pas de légitimité politique à la décentralisation."

En matière de coordination, Agnès van Zanten note également des problèmes: "on assiste à une concurrence entre les différentes formes de régulation. Un exemple avec la carte scolaire: les inspections académiques recueillent des informations, mais ces informations ne sont pratiquement jamais mises en relation avec les informations recueillies par les communes. Dans certains territoires, les établissement qui veulent construire leur projet d'établissement doivent composer avec des dizaines de projets ou de dispositifs d'aide aux élèves, qui proviennent de l'Education nationale, de la Ville, du Conseil général, de la Préfecture...". Quant à la concertation, "elle est encore aujourd'hui conçue dans l'Education nationale comme une diffusion d'informations. Les instances comme les CDEN ne sont pas des lieux de délibération, de construction des politiques éducatives locales, mais des lieux d'information". Quant aux acteurs médiateurs, ils se situent davantage dans la contestation que dans la construction. "Le résultat, c'est qu'il n'y a pas de régulation conjointe au niveau local, en raison du poids de l'Etat central et l'incapacité des acteurs locaux à se situer au niveau local".