L’élitisme républicain

L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales
 

Christian BAUDELOT et Roger ESTABLET

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 Seuil. Mars 2009. 117 pages

 

C’est à une analyse très complète des évaluations internationales PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) que se sont livrés nos deux sociologues réputés pour leurs travaux sur l’école en France. Au-delà des commentaires médiatiques rapides du niveau de nos élèves établissant que les résultats se situent dans la moyenne et qu’ils stagnent, ils examinent et commentent en effet un certain nombre d’éléments complémentaires présents dans ces évaluations.


Chacun sait que ces enquêtes d’une très grande qualité évaluent le niveau de performance des élèves de 15 ans des pays de l’OCDE dans 3 domaines que sont la compréhension de l’écrit, les mathématiques et la culture scientifique.


Sans entrer dans le détail de l’ouvrage, disons tout d’abord que la France se caractérise par l’écart important et de plus en plus grand entre les bons élèves et les élèves faibles. Or les comparaisons montrent que « la réduction des écarts entre le haut et la bas n’est pas seulement un facteur de réussite moyenne mais aussi d’amélioration des performances de la tête. »
Autre constat, la France est championne toutes catégories du redoublement (59% des élèves étaient à l’heure ou en avance en 2003) alors que les 2/3 des autres pays enregistrent un taux de retard inférieur à 20% et que dans leur immense majorité, les élèves en retard parviendront difficilement à rejoindre le niveau de performance de leurs camarades. Par ailleurs toutes les études montrent le caractère inefficace et inéquitable du redoublement du point de vue des progrès des élèves.


Si dans tous les pays, l’origine sociale des élèves exerce un effet sur leurs résultas scolaires, cet effet n’est pas partout le même et là encore la France se place dans les pays où le poids de l’origine sociale est le plus fort.


Nos auteurs étudient enfin le rapport garçons-filles et l’influence des populations immigrées dans les résultats globaux sans négliger le fait que l’école s’inscrit dans une société et qu’elle ne peut pas tout.


Leur conclusion est un message à destination de tous les acteurs : « aucune amélioration ne pourra être durablement apportée tant que les ministres auront pour seule boussole une logique comptable de diminution des dépenses publiques (…) ; tant que la presse réduira les résultats de ces comparaisons internationales à des scoops (…) ; tant que les familles considèreront l’école comme une affaire privée, obnubilées par la recherche du meilleur placement pour leurs propres enfants ; tant que les enseignants refuseront de s’approprier les résultats de PISA et des autres types d’évaluation afin de prendre ensemble les mesures susceptibles d’améliorer la justice sociale et l’efficacité de notre école. »
« Ces comparaisons internationales nous obligent à faire de l’éducation un enjeu national de première urgence.


 

SOURCE : Michel VOLCKCRICK (07-12-2009)