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Entrer dans l’écrit en maternelle
Françoise Boulanger avec la collaboration de Béatrice Machefel |
Fichier Ressources Nathan. Mai 2009.
Ce n’est pas une méthode. Ce n’est pas un manuel. C’est à la fois un ouvrage pédagogique utilisable pour la réflexion, la formation, le débat, destiné aux enseignants de l’école primaire (maternelle et élémentaire) et aux parents, et un outil pour les enseignants du cycle 1, à lire par les enseignants des cycles 2 et 3. C’est une bouffée d’oxygène et un rayon de soleil dans un paysage éducatif où l’air du temps, les « nouveaux vieux programmes » et le déni de la pédagogie ont invité les acteurs à se retourner vers le passé, à privilégier la mécanique plutôt que l’intelligence, à inventer des prérequis et du simple en ignorant les savoirs des enfants et en sous-estimant leurs capacités intellectuelles.
Dans le même temps, il faut comprendre les difficultés des enseignants dans un
contexte de développement de l’autoritarisme, qui cherchent à être loyaux sans
être des exécutants bornés, à prendre du plaisir à enseigner et à donner le goût
d’apprendre. Il faut comprendre aussi les parents, sous influence de l’air du
temps, qui s’obstinent à faire du b-a ba avant l’école avec la conviction
d’aider leurs enfants et de les préparer à surmonter les obstacles au CP.
Cet ouvrage apporte aux enseignants des réponses claires à leurs questionnements
et le moyen de transcender sans risque la faiblesse des programmes et des
instructions. Il apporte aux parents des informations intéressantes pour leur
permettre d’exploiter les rencontres de leurs enfants avec l’écrit dans leur «
milieu naturel ».
L’auteur, Françoise Boulanger, est chercheur en psycholinguistique. Elle est
l’auteur chez Nathan de « Le bonheur d’apprendre à lire », elle coopère avec
Béatrice Machefel qui est directrice d’école maternelle, licenciée en sciences
de l’éducation. Elle a reçu une caution scientifique remarquable de la part
d’André Giordan dans une préface qui bouscule bien des préjugés et qui rend bien
dérisoires les débats sur les méthodes.
On s’appuie sur quelques évidences trop souvent ignorées
• L’enfant possède très tôt des savoirs dans le domaine de l’écrit et le fait de
ne pas en tenir compte est une erreur pédagogique majeure de l’ordre de « la
table rase ». L’ignorer contribue à isoler l’école de son environnement et à lui
faire perdre une partie de son sens.
• Tout apprentissage dès le plus jeune âge intègre un développement intellectuel
et la construction d’outils mentaux. On ne peut sans dommage le réduire à la
perception et à la mémorisation en remettant la question du sens à plus tard…
quand la mécanique sera maîtrisée en apparence. La comparaison est un outil de
base pour cette activité intellectuelle pour classer, ranger, mettre en
relation.
• Les questions d’âge, de maturité, de progression linéaire du simple inventé
par l’adulte savant au prétendu complexe qui entoure l’enfant sont à revisiter
sérieusement. Toute personne normale ayant observé ses propres enfants et petits
enfants sait qu’ils n’attendent pas le CP pour apprendre à lire, que l’ordre des
découvertes des graphies-phonies varie selon les individus, que les exercices de
discrimination visuelle et auditive sont encombrants et superflus, que l’on ne
peut apprendre qu’avec ce qui s’approche du vrai et non avec des objets créés
pour apprendre à lire, ni avec des mimiques, ni avec de la phonétique ou des
mots qui n’ont pas de sens
L’ouvrage comprend 3 parties
• Partie 1 : les fondements théoriques de la démarche. Une présentation claire
et intéressante dans laquelle on aura sans doute une réserve quant à la notion
de « compétences innées », évoquée par l’auteur et qui ne peut être qu’un abus
de langage. Le renvoi au livre passionnant du GFEN , « Pour en finir avec les
dons, le mérite, le hasard » (Editions la dispute. Mars 2009) est recommandé
• Partie 2 : 60 fiches pratiques directement utilisables par les enseignants (ce
qui n’est pas négligeable dans une période où la charge de travail s’alourdit
sans cesse avec une évaluationnite galopante et une administratisation de
l’éducation inquiétante ) et facilement transposables à d’autres mots en les
prenant parmi ceux que les enfants connaissent et parmi ceux qu’ils repèrent
dans des livres lus, la démarche étant plus importante que les mots
• Partie 3 : conseils pratiques et méthodologiques avec des questions que se
posent quotidiennement les enseignants et les réponses, par rapport aux
comportements des enfants, par rapport aux relations avec les familles. On y
trouve même une lecture des programmes permettant aux enseignants de se
justifier face à des hiérarques ou à des parents encore influencés par ce
courant qui avait conduit un ministre à tenter d’imposer le b-a ba dans toutes
les écoles de France et de Navarre
• Les annexes regroupent une bibliographie dans laquelle André Ouzoulias a une
place importante et où Laurence Lentin reste, à juste titre, d’actualité, les
outils pour la mise en œuvre de la démarche et 4 posters
Il
faudra bien traiter le problème du passage au CP pour les enfants qui auront eu
la chance d’entrer dans l’écrit en maternelle, en découvrant, en reconnaissant,
en s’appropriant. Il est évident que la continuité pédagogique doit s’imposer,
qu’elle exigera un travail d’équipe dans l’esprit des cycles, malheureusement
quelque peu oubliés, et de la pédagogie contemporaine
On
trouvera sans doute que l’outil est cher : 47,50 euros. Mais, comparé au prix
d’une série de manuels et de fichiers auxquels il faut ajouter un guide
méthodologique et un livret sur les fondements théoriques, ce n’est pas excessif
pour un ouvrage qui s’inscrit dans la perspective du progrès des apprentissages,
de l’amélioration de la réussite scolaire, de la recherche sur l’enfant acteur
de ses apprentissages, d’une vision moderne de l’école. De plus, le bonheur n’a
pas de prix et, s’agissant pour les enfants du bonheur d’apprendre à lire
intelligemment et pour les enseignants du bonheur d’enseigner et d’améliorer la
réussite scolaire, nul doute que les équipes pédagogiques, en concertation,
pourront décider cet investissement appelé à transformer en profondeur les
pratiques pédagogiques dans l’ensemble de l’école. Les parents intéressés quant
à eux pourront satisfaire leur curiosité et trouver des solutions à leurs
interrogations en se procurant le livre de François Boulanger, cité ci-dessus.
On pourra aussi profiter d’un réseau d’échanges avec le site « le bonheur de
lire à l’école maternelle »
http://lbdlmaternelle.free.fr
SOURCE : Pierre FRACKOWIAK (16-12-2009)