L'éducation peut-elle être encore au coeur d'un projet de société ?

 

Philippe MEIRIEU et Pierre FRACKOWIAK

 

 

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"L'éducation peut-elle encore être au coeur d'un projet de société ?", Philippe MEIRIEU et Pierre FRACKOWIAK,

Editions de l'aube, mai 2008, 112 pages, 11,50 euros

 

A force de le voir réagir aussi vite et avec des articles aussi pertinents et percutants, nous nous doutions bien qu’un jour il produirait un ouvrage. Aujourd’hui c’est fait et avec le grand pédagogue qu’est Philippe Meirieu. Mais, curieusement, il ne s’agit pas d’un livre de pédagogie mais plutôt d’un livre politique, au sens vrai du terme, qui s’interroge sur la possibilité pour l’École d’être au cœur d’un projet de société. Elle l’a été dans le passé, à l’époque de Jules Ferry, mais elle se cherche aujourd’hui et nos auteurs disent à quelles conditions elle pourrait le redevenir.

 

On s’en doute, les références historiques et d’actualité sont nombreuses qui interpellent sur les dangers d’une société qui se dirait éducative et sur la démocratisation de l’École. Celle-ci s’est d’abord réalisée au travers de la massification qui a immédiatement posé le problème des élèves en difficulté. Les réponses à ce problème complexe ont été diverses et souvent contradictoires, celles apportées aujourd’hui, parfaitement démagogiques, continuent de nier l’apport de la pédagogie et transforment les victimes du système scolaire en coupables. « L’habileté suprême est de permettre aux décideurs de se donner bonne conscience et de convaincre les citoyens comme les victimes que l’on n’y peut rien. » (p 66)

 

Les propositions de nos auteurs, pour que l’Ecole soit au cœur d’un projet de société, tiennent dans les titres de leurs chapitres : de l’égalité des chances à l’égalité des droits ; donner toute leur place aux finalités et montrer « plus de fermeté dans les finalités et plus de liberté sur les modalités » ; combattre l’infantilisme de la société ; donner toute sa place à la pédagogie. Elles se trouvent aussi dans la déclinaison des trois sens donnés à une éducation réellement démocratique : « c’est une éducation qui tente de ne laisser personne au bord du chemin (…) qui s’efforce d’apporter à chacun ce dont il a besoin, tout en lui permettant de rencontrer les autres (…) qui nous invite à nous construire comme sujets intelligents et solidaires. » (p 99-100).

 

La référence aux Epicuriens et au « clinamen », cet atome initial qui a dévié de sa trajectoire, permet à nos auteurs de conclure par un message d’espoir. « L’Ecole pourra alors être cet espace privilégié, infiniment précieux, où cette rencontre peut avoir lieu à travers la médiation essentielle et exigeante de la transmission des savoirs. » (p 107)

Un seul regret pour cet ouvrage argumenté, clair et bien écrit : qu’il ne soit pas plus épais afin de prolonger le plaisir de la lecture…

 

 Source : Michel VOLCKCRICK

 

Commentaires

 

Un excellent ouvrage en effet qui réconcilie les pédagogues avec l'Ecole. Michel Volckrick a raison quand il regrette que l'ouvrage ne soit pas plus long.
J'en ai conseillé la lecture aux enseignants de ma circonscription afin qu'ils puissent se reposer de leur agacement contre ce que Pierre Frackowiak appelle les "nouveaux vieux programmes".
Merci à Pierre et à Philippe pour la bouffée de fraîcheur qu'ils nous ont apportée.

Jean-Robert GAGNEUIL, IEN Lille 3 Villeneuve d'Ascq-sud, illustrateur occasionnel des aventures de X.D.