Ecole: droit de réponses

Lettres d'un jeune maître d'école

 

Sylvain GRANDSERRE

 

 

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Hachette. Juin 2007. 222 pages

 

 

Un beau témoignage et de bons arguments

pour ceux qui veulent vraiment changer l'école.

 

 

Né en 1968, Sylvain GRANDSERRE a connu un parcours scolaire sinueux (CAP, BEP, 1ère d'adaptation…) avant des études à l'université de ROUEN. Après diverses expériences dans l'animation et le sport, il entre à l'Education Nationale où il exerce depuis une quinzaine d'années. Remplaçant, il a travaillé à tous les niveaux de l'école primaire (maternelle et élémentaire) et dans l'enseignement spécialisé. Il exerce aujourd'hui dans un CM1/CM2 en milieu rural. Militant de l'ICEM FREINET, il participe activement au débat pédagogique. Ses textes sont remarqués. Philippe MEIRIEU en publie plusieurs sur son site www.meirieu.com, l'encourage à écrire un livre et accepte d'en faire la préface.

 

Cette préface de 4 pages est sans aucun doute la meilleure note de lecture qui puisse être rédigée sur ce beau livre. En voici la conclusion: "Il faut donc lire Sylvain GRANDSERRE et réfléchir avec lui. Parce qu'il invite au dialogue, par ce qu'il parle de l'éducation en actes et parce qu'il fait de la vraie pédagogie et non de la théologie. Il force le respect. Parce que c'est un jeune maître d'école qui fait souffler sur les débats d'aujourd'hui un vent nouveau. Parce qu'il prend au sérieux la maxime d'un des plus grands pédagogues de la modernité, Fernand OURY: "ne rien dire que nous n'ayons fait". Mais aussi parce qu'il maîtrise sans en faire étalage, une belle culture. Et enfin, parce qu'il fait circuler de la parole entre les différents acteurs de l'Ecole. Rien de spectaculaire mais l'essentiel: déverrouiller les blocages, faire tomber les barrières, apaiser les peurs, engager un travail collectif. Rien de moins qu'une révolution. La révolution dont nous avons besoin aujourd'hui."

 

Sylvain GRANDSERRE adopte une forme originale qui permet d'entrer dans ce livre par de nombreuses portes, vingt six, selon les priorités personnelles, le statut, les préoccupations, les conceptions, les doutes et les combats de chaque lecteur.

 

Vingt six correspondants lui ont adressé une lettre: un parent d'élève perplexe, un enseignant libertaire, un collègue de son école, un chef d'entreprise, un parent hostile, un président d'association, un journaliste, un citoyen, une amie, un ancien élève passé récemment au collège, une nièce intéressée par le métier d'enseignant, un universitaire, un nostalgique, un pourfendeur, un conseiller pédagogique, etc. Chacun pose de manière synthétique un problème, propose une démonstration, conteste une évolution, s'interroge et interroge l'auteur. Sylvain GRANDSERRE répond avec rigueur, respect, avec  une modération de bon aloi sans pour autant renier ou édulcorer ses convictions. Pas de certitudes, le débat reste toujours ouvert. On rencontre ainsi toutes les questions qui alimentent les débats sur l'Ecole: la réussite scolaire, la mixité sociale, le soutien, la formation des maîtres, la marchandisation, la notion de l'enfant au centre, les inégalités, la lecture, les opérations partenariales, le niveau, le rôle des parents, l'angoisse, la notation, les évaluations, les savoirs et les compétences…. Tout y passe. Evidemment, on retrouve le traitement d'un même problème avec des approches différentes selon les correspondants, il y a forcément de nombreux croisements, au point que l'on aurait aimé en complément du sommaire, une aide à la lecture avec une table des matières thématique ou avec l'usage de la technique de l'hypertexte permettant de voyager de page en page pour retrouver les thèmes essentiels traités avec des approches différentes.

 

A chaque fois, Sylvain GRANDSERRE argumente avec bon sens et sérénité, illustre avec des exemples pris dans sa classe ou dans son école, décrit des pratiques de classe authentiques, vécues, éclaire des horizons qui, pour beaucoup de lecteurs, sont encore obscurs ou erronés ou déformés par la manipulation médiatique qui sévit dans les cafés du commerce et les étranges lucarnes.

 

Dans chaque chapitre, on trouve des vérités et des bulles d'oxygène qui aident à vivre et à lutter. Dès le premier thème, page 16, Sylvain GRANDSERRE souligne très opportunément un paradoxe qui mériterait d'être inlassablement repris par les promoteurs d'une école démocratique à la hauteur des enjeux du 21ème siècle: "… Alors que les barrières se sont peu à peu levées, la liberté pédagogique accordée ne nous a pas forcément sortis d'une grande homogénéité des pratiques d'enseignement. A l'instar d'un cheval qui resterait dans son enclos ouvert pour être sûr d'y  brouter, il faut dire, sans langue de bois, que ce n'est pas l'innovation qui s'est répandue dans les écoles. La pratique frontale, l'enseignement face à la classe, reste majoritaire. On parle même parfois de pédagogie dorsale quand le professeur passe le plus clair de son temps à écrire au tableau, le dos tourné à ses élèves! Il n'y a que des ministres malintentionnés, et ayant peu ou pas du tout fréquenté les classes, qui puissent oser répéter que l'école a souffert de trop de modernité et les élèves de trop d'épanouissement!... Cette vérité ne gomme pas, pour autant, les efforts considérables réalisés par les enseignants du premier degré depuis une trentaine d'années, mais elle permet de mieux comprendre leurs difficultés et, actuellement, d'avoir une lecture positive du dernier rapport du HCE (Haut Conseil de l'Education)

 

Ce livre peut-être lu par les enseignants du premier degré qui retrouveront l'écho de leurs préoccupations quotidiennes, de leurs difficultés, de leurs tâtonnements, ce qui pourra les rassurer. Ils y trouveront des solutions, des idées, des pistes, des réponses, des arguments, ce qui pourra les aider concrètement dans leurs pratiques pédagogiques et dans leurs rencontres avec leurs interlocuteurs: parents, élus, professeurs de collège, formateurs. Il peut être lu par les enseignants des autres degrés (second degré et enseignement supérieur) qui recherchent des informations objectives, authentiques sur l'état actuel de l'Ecole. Il peut être lu par les cadres du système éducatif pour les aider à comprendre les mentalités et les représentations des enseignants. Il peut être lu par les parents d'élèves qui s'interrogent sue ce que font leurs enfants en classe et pourquoi. Il peut être lu par toux ceux qui acceptent de se faire désintoxiquer, victimes des campagnes des pourfendeurs et des inquisiteurs de l'Ecole qui envahissent les plateaux de télévision et les colonnes des journaux.

 

Il doit être lu par tous ceux qui aiment l'Ecole.

 

 Source : Pierre FRACKOWIAK (17/ 09/ 2007)