Un projet pour repenser la relation parents-enseignants

 

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Avec Ostiane Mathon, on repense vraiment la relation école/familles.
Tant de circulaires, tant d’injonctions, tant d’incantations, tant de plaidoiries depuis une quarantaine d’années, pour avoir toujours et encore les mêmes constats, les mêmes interrogations, les mêmes regrets réels ou affectés, les mêmes découragements :
• Comment faire venir les parents à l’école ?
• Ce sont toujours les mêmes que l’on voit, ceux que l’on n’a pas besoin de voir, mais que l’on est content de voir, d’abord parce que leur rencontre peut parfois être gratifiante et parce que si même eux ne venaient pas, personne ne viendrait !
• Comment les aider à jouer pleinement leur rôle par rapport à l’école ?
• C’est évident : les parents démissionnent. Le taux de participation aux votes est désolant, etc
Les faits sont là : malgré les textes officiels et les circulaires, malgré les petites fêtes, le carnaval et les opérations « portes ouvertes », malgré la disponibilité de la majorité des enseignants de l’école primaire, malgré les efforts d’équipes engagées, après une quarantaine d’années d’ouverture de l’école, la place des familles y est encore très faible et mal comprise. Alors, on répète les instructions, on invente même une fête de la rentrée, on multiplie les recommandations. La littérature pédagogique abonde d’études, de thèses, de dossiers sur la question… Et les problèmes perdurent.
Et voilà un petit livre tout simple, un guide de poche de moins de 100 pages, en quatre chapitres, en 20 pistes de travail (5 par chapitres) directement opérationnalisables sans trop se casser la tête, présentées avec un style alerte, avec un enthousiasme communicatif, avec le sourire, des clins d’oeil complices d’une collègue qui sait de quoi elle parle pour l’avoir vécu et pour le vivre au quotidien, avec la garantie qu’elles ont été expérimentées en toute modestie et réussies. C’est le livre d’Ostiane Mathon, bien connue pour son « BLOG BLEU PRIMAIRE », un des éléments majeurs de la collection lancée chez Delagrave par Gérard de Vecchi pour aider les enseignants et les partenaires de l’école à y voir clair et à s’engager dans des pistes pratiques avec des outils concrets.
Ostiane Mathon a parfaitement compris que les relations école-familles ne s’amélioreront pas s’il n’y pas respect de l’autre et s’il n’y a pas de mobilisation collective sur des projets communs.
Trois problèmes majeurs obèrent la coopération entre parents et enseignants :
• le fait de considérer les parents exclusivement comme des « parentsdélèves » (mot volontairement tout collé), c’est-à-dire des personnes qui n’existent que par leurs enfants/élèves. Elles ne sont ni maçon, ni avocat, ni technicien de surface, ni chasseur, ni musicien, ni même citoyen… Elles sont « parentsdélève », souvent donc enseignants auxiliaires, répétiteurs, faiseurs de devoirs…
• le fait d’établir un rapport de domination, de pouvoir, entre les enseignants qui expliquent aux parents, recommandent, conseillent, exigent comme s’ils avaient une compétence et une légitimité à le faire. On sait qu’aujourd’hui, bien des enseignants sont dans la même galère que les parents, qu’ils ne savent pas gérer les mêmes problèmes avec leurs propres enfants
• le fait de placer les parents en position d’écoute, parfois en position de faiblesse (quand ils sont convoqués pour n’entendre que du mal de leur enfant), en position d’élève alors que beaucoup d’entre eux ont le plus mauvais souvenir de cette position, jamais en position de producteur ou d’échangeur potentiel de savoirs

Toutes les coopérations et actions proposées sont formulées en termes d’action : établir, mettre en place des outils, créer des ponts de communication, inscrire la scolarité dans une dimension humaine, culturelle et intellectuelle… avec une charte éducative concertée. Traitant du problème du projet d’école dans un texte publié sur le site de Philippe Meirieu, j’évoquai cette nécessité d’avoir une charte préalable au projet si l’on voulait donner réellement du sens au projet. Il est évident que ce besoin s’applique tout autant à un projet élargi aux parents.
Travailler ensemble, ce n’est pas se mettre en position d’écoute devant et plus bas que celui qui sait ou croit savoir. C’est nécessairement dans une position d’égale dignité, avec chacun sa spécificité et ses missions, pour réaliser des actions, produire et échanger des savoirs, s’inscrire ensemble dans le développement de la société de la connaissance.
Le manuel d’Ostiane Mathon est donc à recommander
La collection de Gérard de Vecchi aussi
 

SOURCE : Pierre FRACKOWIAK (22-09-2009)