La nouvelle question scolaire

Les bénéfices de la démocratisation

 

Eric MAURIN

 

 

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Seuil. Septembre 2007. 250 pages

 

 

Voici un ouvrage particulièrement revigorant qui pose le problème de l'efficacité du système scolaire français en d'autres termes et qui, grâce à des comparaisons internationales longitudinales, permet de mesurer "les bénéfices de la démocratisation".

 

Eric Maurin, économiste et directeur de recherche à l'EHESS, analyse en effet l'évolution de plusieurs systèmes éducatifs dont les systèmes scandinaves et américains.

C'est d'abord l'instauration du collège unique qui est analysé.

 

Mis en place dès 1948 en Suède, expérimental dans certains pays, généralisé dans d'autres, tardif et régulièrement remis en question en France, le collège unique, c'est-à-dire une scolarisation identique pour tous jusqu'à l'âge de 15 à 16 ans montre en effet des performances significativement supérieures et une réduction des inégalités sociales. Les comparaisons ne se font pas d'un pays à un autre comme on a coutume de le faire mais elles se font soit  à l'intérieur d'un même pays s'il y a eu expérimentation soit au travers de suivis de cohortes.

 

L'exemple de l'Irlande du Nord où l'on a ouvert davantage l'accès aux "grammar schools" en 1989 est significatif de ce point de vue puisque l'on a vu  en même temps une augmentation nette des diplômes obtenus en fin de scolarité.

 

Eric Maurin analyse ensuite le rapport entre le niveau de formation et les diplômes obtenus puis celui des diplômes avec les emplois. Là encore les ruptures sont flagrantes ne serait-ce qu'en France où les réformes éducatives menées dans la seconde moitié des années 1980 ont entraîné une élévation soudaine de près de 20 points de la proportion de diplômés du supérieur pour les populations concernées. Et cela s'est accompagné d'une amélioration durable de leur situation professionnelle sans qu'il y ait accroissement des inégalités sociales. Eric Maurin démonte ainsi le mythe de la dévalorisation des diplômes qu'il examine aussi dans plusieurs pays étrangers. Si cela était et si « seule était entrée en ligne de compte l'évolution des coûts d'embauche on aurait dû assister à une baisse du chômage des moins diplômés, ce qui n'a pas été le cas ». Les entreprises créent des emplois de plus en plus qualifiés au détriment des emplois non qualifiés.

 

L'expérimentation très coûteuse menée dans quelques écoles maternelles des Etats-Unis fait l'objet d'une analyse très intéressante qui interpelle notre école maternelle française.

 

Eric Maurin pose enfin les questions du libre choix des parents et de l'autonomie des établissements, du financement et de l'échec de l'enseignement supérieur.

Bref un ouvrage très documenté qui démonte un certain nombre d'idées reçues et qui donne quelques pistes d'amélioration pour un système éducatif plus démocratique et qui se conclut par une réflexion sur le bonheur à l’école. « Il sera difficile de réaliser de nouveaux progrès dans l'œuvre de démocratisation de l'école sans lutter contre ce mal-être et sans comprendre ce qui, dans notre façon même d'instruire notre jeunesse, génère le rejet de l'école ». (p 268)

 

Source : Michel VOLCKCRICK (27 11/ 2007)