PERFORMANCE ET LOYAUTE


Le communiqué du Syndicat des Inspecteurs d’Académie du 16 juin n’aura échappé à personne. A l’heure actuelle, toutes sortes d’écrits circulent, sont lus, commentés… et rien ne bouge. Le mondial du foot, c’est tellement plus existentiel !

Pourtant, comment ne pas partager pleinement les termes de ce communiqué, conscients que nous sommes tout comme ces IA des risques présentés par les intentions délétères de ce ministère dont les vrais projets ne sont même plus dissimulés, tant il est vrai que ce gouvernement s’est à présent définitivement installé dans le sentiment de toute puissance ?

Il faut bien reconnaître que ses autocrates, experts anesthésistes, auraient grand tort de s’en priver.

Comment ne pas déplorer tout comme ce syndicat, les conséquences très prévisibles de mesures si inappropriées aux besoins que nous observons tous les jours - enfin, ceux qui restent encore disponibles pour aller dans une école ?

Qu’attendons-nous pour réfuter délibérément et ouvertement les dogmes de gestion présentés comme « modernes » parce que robotiques, touchant l’humain alors même qu’ils sont strictement basés sur des critères comptables : la fameuse performance ?

Etre loyal, cela ne signifierait-il pas que nous les décrétions clairement contradictoires avec les ambitions politiques affichées (« la réussite pour tous les élèves ») ? Que l’imposture soit dénoncée ?
Ne serions-nous pas alors loyaux à la seule cause qui mérite d’être défendue : celle du savoir, des élèves, de la culture, de l’avenir ?

Servons-nous une Nation ou un maître ? Irons-nous jusqu’à subir sans barguigner que soit appliquée à l’Ecole une propagande cathodique, sur le patron de celles du « Grenelle de l’environnement » et de la « juste réforme des retraites », campagnes publicitaires dévoreuses de l’impôt ?

Outre les écoles qui seront gravement pénalisées, les équipes de circonscription auront à subir une régression, dont elles ne pourront compenser les effets. Nous le savons tous. Comme dans les « Fables » ( seule grande initiative de l’année) nous nous en lamentons… et persévérons cependant en plein contresens sur la notion de loyauté. Nous récitons à l’envi « Conseil tenu par les rats » ou « Les grenouilles qui demandent un roi »…. « qui les croque, qui les tue, qui les gobe à son bon plaisir »

Les projets de regroupement de circonscriptions, hors de tout sens pratique, négligent ouvertement la faisabilité des tâches, ne visent qu’à la restriction de budget, ne répondent en aucune façon aux nécessités de service public. Nous le savons pertinemment… et collaborons à cette destruction, tels de bons petits soldats de la performance.

La majoration d’indemnité de circonscription au fond du cœur peut-être ?....

Nous subissons de plus en plus de pressions au titre de cette performance, lesquelles passent par des empilements d’injonctions, malheureusement relayées avec zèle par certains IA sous la tyrannie de leur Recteur. On ne compte probablement que très peu de signataires du communiqué dans ces rangs-ci.

Dans de telles conditions manifestement orchestrées à des fins de déstabilisation collective, nous exerçons notre métier – ou ce qu’il en reste - sans sérénité et même dans la méfiance vis-à-vis de la tutelle. Un comble !

Cette gouvernance aux maints points communs avec la catastrophique politique humaine d’entreprises ou institutions tristement célèbres pour leur performance, ne manquera pas de causer de sévères dégâts. Tout personnel d’encadrement est concerné par ces risques touchant à l’intégrité de la personne et à sa santé.

Forts de tous ces constats, quelle autre voie que celle de la solidarité des corps, par-delà l’organisation hiérarchique ? Loyauté n’est pas servilité imbécile.

Dans la solidarité s’exprime la loyauté, si toutefois le concept possède encore un sens dans une république de comptables ayant piétiné la plupart des valeurs humanistes constitutives de la culture française. Muflerie, arrogance, autoritarisme passent pour un art de vivre, alimenté de remarques blessantes visant la personne et non plus le professionnel. Ceux qui les profèrent sont réputés performants.

La loyauté consiste-t-elle désormais à se rendre complice d’une Ecole dont la « réforme » aboutit à ne plus respecter ni les élèves ni leurs maîtres ?

Etre performants et loyaux à la rentrée, ne serait-ce pas refuser unanimement (IEN, IA) de collaborer en quoi que ce soit à la recherche de ces fameux « gisements d’efficience » - une belle insulte à la langue française, soit dit en passant ; une de plus dans cette gouvernance à la Diafoirus qui se gargarise d’avoir, par la grâce du pilotage, inventé l’ordre du monde au bout de presque un siècle et demi d’obscurantisme brouillon ?

On a du trouver en haut lieu que les « économies d’échelle », ça faisait démodé. Il s’agit pourtant bien de cela. Tour de passe-passe lexical dont les ficelles ont la dimension de câbles d’amarrage de cargo. Après tout, la machine à redresser les bananes s’appelle bien « tableau de bord » et procède, se dit-on, d’une « culture ». C’est tout dire !

Supporterons-nous encore longtemps (et au-delà de soixante ans) de devoir jouer cette sinistre comédie face aux enseignants, aux élus, aux familles ?.... Sommes-nous résignés nous aussi à ce point ? Avons-nous perdu toute conscience, toute éthique ?

Propos d«’arrière-garde », celle qui a « la pédagogie infuse » …
(entendu de bouche d’IA, en conseil d’Inspecteurs, sans que cela émeuve le moins du monde le moindre collègue, bien trop heureux que ce ne lui soit pas adressé ; ce sera pour la prochaine fois….)