logo ARTICLE 160 ÉVALUATION ET SYSTÈME D’ ENSEIGNEMENT
La constante macabre (André ANTIBI)
L’IDÉOLOGIE SÉLECTIVE EN OEUVRE DE FAÇON INCONSCIENTE

EDITIONS NATHAN

  • Parution:18/09/2003

André ANTIBI est professeur à l’université Paul Sabatier de Toulouse et à l’école d’ingénieurs Sup-Aéro. Agrégé de mathématiques, il est titulaire de deux thèses, l’une en maths, l’autre sur l’enseignement. [1]

Il est auteur de nombreux livres scolaires.

En 1981, André Antibi est nommé Directeur de l’Institut de Recherche pour l’Enseignement des Mathématiques (IREM) de Toulouse.

Ses recherches sur l’enseignement ont une renommée internationale.

Depuis plus de 15 ans, il dénonce inlassablement le dysfonctionnement le plus important de notre système éducatif : sous la pression de la société. les enseignants, souvent inconsciemment, jouent un rôle de sélectionneurs et sont ainsi à l’origine de l’échec scolaire artificiel d’une certaine proportion d’élèves : la "constante macabre". [2]

Ce redoutable phénomène est analysé avec soin et vigoureusement dénoncé dans ce livre "grand public", dont parle déjà la presse : Dépêche du Midi. Métro. Nouvel Observateur. Radio Monte-Carlo.... Des solutions sont proposées.

-  Au sommaire

  • Préliminaire
  • Introduction
  • Une dure constatation : la constante macabre
    • Comment les sujets de contrôles génèrent la constante macabre
  • Comment rédiger : aucune règle
  • Réactions d’enseignants
  • Réactions en dehors du milieu enseignant
  • Suggestion pour lutter contre la constante macabre
  • La motivation :
    • celle du professeur ?
    • celle de l’élève ?
  • Les Mathématiques, c’est beau, c’est motivant
  • Conclusion
    • Compléments pour matheux

-  Quelques témoignages de soutien

 


  • [Forum de l'article] > La constante macabre (André ANTIBI)
    , par Marie Maynard

    HISTOIRE D’ECOLE

    En l’honneur de la semaine de l’absentéisme... et toutes les autres semaines en milieu scolaire

    L’école aux apparences qu’elle dégage et malheureusement aux faits qui s’y rattachent, serait-elle devenue un laboratoire délabré, désuet où s’aligne derrière de vieilles portes en verre les derniers vestiges de batailles politiques et syndicales insignifiantes ? Un laboratoire où baigne dans un formol quelques idées, quelques bonnes intentions, et beaucoup de bonnes consciences. Le reste aurait été laissé aux petits rongeurs qui, devenus maîtres en ses murs, se font les gardiens des quelques miettes assurant ainsi leur prolifération. Dans ces conditions, il ne reste qu’à admirer l’école comme un vieux musée où l’ignorance, l’indifférence, l’insouciance, le mépris, l’humiliation et la mauvaise foi y embaument trop souvent l’air et l’esprit.

    Peut-être ces propos manquent-ils littéralement de nuances selon certains, mais à ceux qui les condamnent dans leur entièreté, peuvent se condamner de ne rien voir ou de rester volontairement aveugle et sourd, et ainsi de faire du silence la politique du pouvoir. On est souvent plus empressé à contester des propos qu’à en vérifier l’honnêteté. L’inaction est toujours l’argument de l’exception et l’exception excuse toujours l’inaction. Il s’agit simplement de considérer toute problématique comme étant le résultat d’un acte isolé, n’est-ce-pas. Ceci prouve que la responsabilité collective devant des faits n’a que peu de sens et d’importance, puisque pour la plupart des gens, la responsabilité collective inclut seulement la responsabilité des autres, mais pas la leur. Donc, selon ce précepte, personne n’est jamais responsable de ce qui est au final. Cette irresponsabilité cautionne la progression de l’incompétence et d’abus de pouvoir, l’anéantissement des processus démocratiques, et encourage la naissance du sentiment de méfiance conduisant indéniablement à la peur et conséquemment à la rupture de dialogue. De cette rupture surgit l’indifférence, l’impuissance et l’inconscience volontaire. C’est ainsi que les individus deviennent conditionnés et soumis aux besoins d’un système plutôt que l’inverse, c’est-à-dire d’avoir un système adaptable et adapté aux besoins des individus qui le constitue. L’éducation nationale et les syndicats rattachés aux professions de l’enseignement ne font pas exception. Au contraire, l’attitude dictatoriale masquée d’une visibilité positive aux intentions flatteuses ne sert ni les élèves ni les parents, ni le personnel enseignant et finalement ni le système.

    Encore pourrions-nous trouver des traces de volonté réelle et sincère de considération et de changement profond de la part de certains, elles ne servent que de paravent à ceux qui ont le pouvoir et pour objectif des intérêts plus personnels ou politiques tout en remplissant les caves d’archives de quelques papiers de plus. Toutes les formes de faux égards et de multiples mises en scène peuvent toujours attester d’intentions de bonne foi, mais hélas, ces intentions ne peuvent plus camoufler l’inexistence de l’esprit académique basé sur l’entraide et le goût d’apprendre ni étouffer la croissance d’un profond mal-être en milieu scolaire.

    Si nous pouvons médicalement établir un diagnostic chez un patient en étant à l’écoute des symptômes, nous pourrions établir alors que l’absentéisme, le nombre d’incivilités et d’actes violents en milieu scolaire se révèlent être les symptômes de ce système aux engrenages rouillés. A savoir combien de temps encore ou jusqu’où les penseurs et meneurs véhiculés par un protectionnisme fanatique accepteront de constater les limites extrêmes de leur propre échec. Pourtant l’absentéisme aux proportions aussi significatives, est par définition un acte ayant pour source une perte de motivation, d’intérêt et de non-reconnaissance. L’absentéisme se définit, aussi de par l’importance du fléau, comme une sanction reliée à l’incapacité de l’école à répondre adéquatement et honnêtement aux besoins des élèves. Dans la façon d’aborder le problème il est encore à ce jour, des solutions centrées sur la suppression par l’oppression plutôt que par une écoute active, ouverte et sincère de part et d’autres.

    La violence est à son tour, un langage, certes un langage proscrit et inacceptable, mais qui s’apprend et se copie. Dans tous les cas, la violence sait se faire voir et se faire entendre, voilà un moyen autocratique, peut-être... illégitime ? pas sûr. Les remontrances au sujet d’une génération en supposée perdition, continuent d’assaillir les mauvaises cibles et sillonnent leur route jusqu’aux oreilles fatiguées qui n’entendent plus. De toutes les violences dénoncées, les plus nocives et insidieuses perpétrées en milieu scolaire ne le sont pas nécessairement par les élèves et celles-ci ne faisant jamais partie des premières lignes des grands journaux, ni des dernières d’ailleurs. Lorsque l’école se révolte publiquement de ces actes, derrière ses murs, elle condamne sinueusement la société, les médias et bien sûr les parents. Mais l’école se suffit largement à elle-même en actes de mépris et d’humiliation. Elle est à elle seule, un excellent exemple de pédagogie noire ( pédagogie noire : prône l’obéissance, l’ordre, la propreté et la maîtrise des émotions et des désirs) et le berceau de beaucoup de massacres intellectuels. Voici ce que dit Alice Miller sur ce point : « Quand on éduque un enfant, il apprend à éduquer. Quand on lui fait la morale, il apprend à faire la morale ; quand on le met en garde, il apprend à mettre en garde ; quand on le gronde, il apprend à gronder, quand on l’humilie, il apprend à humilier, quand on le méprise, il apprend à mépriser, quand on tue son intériorité, il apprend à tuer. Il n’a alors plus qu’à choisir qui tuer : lui-même, les autres, ou les deux. »

    Madame Claire Brisset, nommée à la tête de l’Observatoire National de l’Enfance s’est penchée sur les conditions d’apprentissage en milieu scolaire incluant tous les niveaux en 2003. Elle a rédigé un rapport qui fait état de multiples exemples d’abus psychologiques, d’actes largement condamnables et d’approches archaïques et autoritaires. Depuis le dépôt de ce rapport, le nombre de recommandations ayant amené des changements réels et prouvant la volonté politique de rendre à l’école sa dignité peut se compter sur une main sans doigts. Consultations publiques, rapports annuels, études éducationnelles, sociologiques, philosophiques, produisant un panachage extraordinaire de réflexions, recommandations, commentaires et résultats aboutissent principalement au même étage, le 3ème étage du sous-sol, section des archives. Mais elles ont toujours une utilité secondaire, celle de contribuer fidèlement à subventionner les actes de bonne conscience.

    ENTRE MAMMOUTH ET MOUTON

    Les conséquences de l’irresponsabilité collective n’a pas de freins et ne s’arrête pas là. Au point tel, et aussi significative qu’elle peut être, cette irresponsabilité autorise et mandate l’Etat à former de façon inadéquate d’abord et recruter ce même personnel enseignant non qualifié pour instruire les enfants de tous âges. Comment expliquer qu’un domaine aussi sensible et crucial que celui de l’enfance soit traité avec une telle banalité et nonchalance aux yeux de l’Etat, qu’elle y omet totalement d’inclure toute forme de pédagogie dans la formation du personnel enseignant. Dans les conditions actuelles, l’incompétence, validée par l’Etat, anéantit le travail de ceux qui souhaitent s’y dévouer sérieusement et de façon réellement professionnelle. L’incompétence est un danger certain et non un certain danger. Outrances multiples, décalages pédagogiques, dérapages académiques, la réalité ne danse plus sur une chorégraphie de fabulations. Même si le piège de la dénonciation, le crayon comme seule arme, finit par tuer le dénonciateur, le silence ne doit pas rivaliser avec l’horreur sur l’avant scène mais l’indifférence elle, doit se taire.

    Il paraît qu’on associe à l’éducation Nationale le surnom de Mammouth. Il semble que la plupart s’accordent à dire qu’il est à l’image de sa structure et de son incapacité à s’adapter à toute forme d’évolution. Le mammouth peut-être rappelle-t-il que l’éducation Nationale en est toujours au stade de la préhistoire et que le regard qui se pose sur l’enseignement relève de la même époque. Cela pourrait peut-être donner une explication à ses méthodes rébarbatives et périmées, mais cela ne l’excuse pas pour autant. Tant que l’application des règles et du respect des valeurs passera indéniablement par des mesures punitives et non constructives, tant que les relations seront fondées sur la non-confiance, tant que l’école ne donnera pas aux élèves la place qui leur revient et l’écoute et le respect qu’ils nécessitent, l’école restera figée dans une histoire qui la dessert très mal et qui dessert encore plus mal ceux et celles qui la fréquentent.

    Plusieurs écrits soutiennent ces propos. Monsieur André Antibi a rédigé un livre titré La constante macabre ou comment a-t-on découragé des générations d’élèves. Ses arguments solides étalent au grand jour les dysfonctionnements de l’enseignement et soulèvent le fait que le système est basé sur le tri sélectif et non l’apprentissage des connaissances. Certains excentriques appellent ce fonctionnement sélection naturelle . Le résultat est accablant. Valorisation de l’élitisme et du conformisme soutenue par une société en demande, dénigrement de toute autre forme d’adaptation, étiquetage des comportements, stigmatisation continue et permanente, exclusion, massacres intellectuels etc. Les moutons blancs ne font pas la meute, mais sont une espèce très recherchée pour leur assimilation et protégée par un système qui les favorise. Les autres, les noirs, les verts, les bleus, déboutés, vagabondent et, trop souvent laissés pour compte, abandonnent leur projet de vie, leurs ambitions, et parfois la vie même.

    N’est-il pas temps de donner un autre visage à l’école afin qu’elle ne soit plus une figure triangulaire quelconque ou l’inégalité en fait justement sa spécificité ? Le lien de confiance entre parents, enfants, et personnel enseignant n’est pas illusoire ou impossible, au contraire, il est indispensable. Toutefois, il est conditionnel à la prise de conscience et l’engagement personnel vis-à-vis son rôle, son devoir, ses responsabilités et ses limites. Il est important de garder en mémoire que l’école représente pour plusieurs qui y ont passé un moment plus ou moins long, le lieu de traumatismes, de difficultés insurmontées, l’isolement et des plaies restées ouvertes jusqu’à aujourd’hui.

    La route de l’apprentissage est déjà suffisamment pavée d’embûches et de défis de taille. Il n’est point nécessaire de faire souffrir pour préparer à la souffrance de demain. Il n’est point nécessaire d’humilier pour s’élever. Il n’est point nécessaire d’utiliser l’autoritarisme ou la prétention pour camoufler l’indécence de ses propos. Même si l’inconscience peut s’avérer un refuge parfait, la responsabilité nous lie aux autres par obligation et mais peut aussi nous lier par condescendance et inciter chacun à entreprendre une démarche empreinte d’honnêteté.

    Dans l’absolu de l’indifférence et de l’irresponsabilité on continuera de s’étonner et s’exclamer de l’ampleur de l’odieux et d’un regard furtif, on se surprendra des titres de premières pages de journaux en utilisant une innocence bien intellectualisée. Et chacun pourra y ajouter « mais dans quel monde vit-on »...

    « Rien ne change tant que les choses ne deviennent pas ce qu’elles sont. » Fritz Perls.

    Marie Maynard, Psychothérapeute Conférencière Belfort  marie.maynard@wanadoo.fr