Faire évoluer l'évaluation  

Réactions et commentaires au texte de P. Frackowiak

 

Georges GAUZENTE, IEN honoraire, CHALONS EN CHAMPAGNE  

J'avais lu le dossier du SE, signalé à juste titre par le Café pédagogique. Et je me suis dit : enfin, il est bien temps de lancer le débat! Le thélotisme est une catastrophe, qui a légitimé l'oubli des processus d'apprentissage et méprisé ceux qui ont charge de les mettre en oeuvre.

Mais le dossier pointe aussi, à propos de l'éva CE2, la responsabilité des IEN qui, par conviction, par facilité, par déférence, par paresse conceptuelle, ou poussés par l'IGEN, se sont perdus dans d'improbables projets de circonscription qui faisaient des éva un référentiel absolu, le détournant de sa fonction élucidante pour l'ériger en outil d'un soi-disant management. J'aimerais savoir combien ont refusé de transmettre aux IA les "résultats" ? Dans mon académie, je pense avoir été, avec un ou deux collègues, le seul à le faire.

L'auteur de l'article a raison de stigmatiser la formation des IEN, qui, depuis fort longtemps, s'est inscrite dans ces conceptions caporalistes , réduisant l'évaluation à un acte de gestion, de "pilotage", qui revenait in fine à mettre en tension les écoles, à gueuler contre l'incapacité des instit et à attendre du résultat. C'est autrement difficile d'accompagner les maîtres, de se situer dans la complexité, d'essayer de comprendre.

C'est pourquoi je regrette que notre syndicat n'ait pas poussé plus loin la réflexion sur le métier. Comme je n'incrimine pas à priori ceux qui le dirigent, j'explique cette insuffisance par le fait que la majorité du corps souscrit à ce confort que donne le sentiment de "piloter" par des résultats, de participer à la gestion hiérarchique du système, et d'éluder, au nom de la multiplication des tâches, le difficile face à face avec ceux qui conduisent les apprentissages. De nombreux enseignants le disent aujourd'hui, ils n'ont pas tort.

Avec Jean Pol, nous avions tenté dans le dossier "contrôler évaluer" de décembre 2002, une réflexion sur le sujet à propos de la maternelle. Cela me semble toujours d'actualité...

Eric GUILLEZ, IEN DOUAI

Un texte très intéressant comme d'habitude, dont je partage bien évidemment nombre de points dont celui -là : "Or notre métier d'inspecteur n'est-il pas prioritairement d'observer, d'analyser, d'évaluer, de faire évoluer les pratiques professionnelles? "J'en viendrais presque à dire sur ce point que c'est parce que l'on s'est éloigné de cette priorité au fil du temps que nous ne le faisons plus que de moins en moins, voire de façon marginale.  Enfin, savons nous (encore) le faire ? L'observation, l'évaluation des pratiques professionnelles se sont diluées dans un concept à redéfinir : l'inspection. Je souhaiterais personnellement que le séminaire aborde ce point. J'ai bien peur que l'on en reste aux aspects organisationnels : nombre d'inspections, rythme, gestion de la carrière des enseignants, forme du rapport, ... Je crains enfin que nombre de collègues ne partagent pas cette vision de leur mission, il suffit de lire parfois des rapports d'inspection qui sont très descriptifs voire généraux.Il est bien dommage que nous n'ayons guère le temps d'échanger sur les différentes réflexions que tu as lancées ces derniers temps : PTA, loi sur l'école, évaluation, ...Si la messagerie permet de lancer un débat, les rencontres me semblent toujours nécessaires! Mais, là encore nous manquons de temps.A bientôt.

Patrick GONTHIER. Secrétaire général de l'UNSA Education  

Merci, Pierre, pour ton courrier... Au niveau de l'UNSA Education, nous souhaitions aussi traiter de ce sujet en septembre avec des éléments de comparaisons internationales (le sujet revient d'ailleurs au premier plan). Essayons de nous voir en juin si cela t'était possible...

Dominique SENORE, directeur de cabinet de Philippe MEIRIEU

Pierre, Bonjour et merci pour ton dernier message.

De mon coté, je reprends le travail à partir du code de déontologie. Je
souhaiterais le rendre opérationnel mais surtout travailler avec des ien
et des enseignants pour que ces derniers arrivent à écrire ce qui serait
acceptable pour eux.

Je t'envoie, pour ton information, le début de mes réflexions et
propositions. J'aimerais bien que tu me dises ce que tu en penses.

 

Jean-Pol ROCQUET IEN MONTPELLIER  

Je me réjouis que l'inspection soit de nouveau interrogée, ici et là (cf. le site de l'udas et un gros dossier sur l'inspection).

Je partage ton point de vue, notamment sur l'évaluationnite, le contrôle. Ce qui trahit une grande angoisse de la hiérarchie qui, elle, ne sait pas ce qui se passe dans les classes. Et qui se refuse à lire nos rapports, à nous écouter. Trop de crainte et, il faut le dire, d'absence de culture en organisation et en évaluation. Je reste persuadé qu'un des plus gros obstacles au changement, c'est l'encadrement : les ia et les recteurs, sans doute à leur corps défendant n'ont pas conscience de ce qu'implique une organisation en cycle, un projet d'école. Comme ils ne donnent pas de sens, ils administrent. D'où le malentendu sur le pilotage qui reste une direction administrative. D'où le malentendu entretenu sur l'évaluation, réduite en contrôle, en autocontrôle ou comme tu le dis en évaluationnite. Une manière de constater sans poser de problème, et encore moins de répondre.

D'accord avec toi aussi pour centrer l'évaluation en inspection sur les pratiques et non sur l'efficience ou sur les résultats. Centrer sur l'élève est le plus sûr moyen de déresponsabiliser, de parler "sur" les élèves, et non avec les enseignants.

OK donc pour reprendre la réflexion, pour lire et donner du sens à ce qui se passe à propos de l'évaluation, et de l'inspection.

Et pourquoi pas au sein du SI-EN ? Ici, là, partout.

Jean-Paul ROUX, ancien secrétaire général de la FEN

 Mon cher Pierre

Quelle bouffée d'oxygène cette réflexion sur l'évaluation. Une de plus…

Amitiés. A bientôt