Forum : la réforme de la grammaire

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Nous allons avoir du mal à expliquer que notre position sur la grammaire est différente de notre position sur le b-a ba alors que les problèmes sont identiques, que les deux fondements idéologiques sont les mêmes, que les mesures annoncées pour le calcul seront aussi du même ordre, que la méthode est la même, que l'autoritarisme sera logiquement le même pour le contrôle de la mise en oeuvre de circulaires qui auraient pu être écrites avant le rapport...

La nostalgie, l'air du temps, le regard des grands-parents, le drame des parents qui ne peuvent pas faire les devoirs de leurs enfants, le paravent de la terminologie, les illustrations habilement  choisies, la manipulation de l'opinion publique pour imposer une marche arrière terrible au système éducatif, un retour aux pratiques qui avaient fait la preuve de leur insuffisance présentées comme ayant fait leurs preuves, des savants dont on connaissait déjà les conclusions... tout y est comme c'était le cas pour la lecture et comme ce sera le cas pour le calcul.
L'appel facile à des notions aussi suspectes que du simple au complexe, que la progression rigoureuse, que la grammaire simplifiée préalable aux apprentissages du dire / lire /écrire, etc,  devrait pourtant nous alerter.
Comme pour la lecture hier et pour le calcul demain, il s'agit de privilégier la mécanique au détriment de l'intelligence, d'installer des prérequis pour des requis remis à plus tard, d'aggraver les inégalités entre les enfants de milieux favorisés qui n'attendent pas l'école pour parler, écrire, lire, penser et les autres.
Avant de décortiquer le rapport BENTOLILA, contesté par nombre des ses confrères et par la majorité des pédagogues (qui passent du temps dans les classes), posons-nous quelques questions... préalables:
Les programmes de 2002, qui ont été élaborés avec un sérieux que personne ne conteste, qui, dans tous les domaines, ont fait l'objet d'un large consensus, qui ont été signés par tous les ministres successifs depuis 2002, soutenus par l'inspection générale et par nous, sont-ils finalement et subitement mauvais. Les experts, les inspecteurs, les enseignants consultés dans les groupes coordonnés par Philippe JOUTARD se sont-ils trompés. Sont-ils stupides?
Les IEN qui se sont loyalement mobilisés pour expliquer, aider, accompagner les enseignants ont-ils eu tort d'être loyal? Leur mise en oeuvre a-t-elle été évaluée? Par qui? Comment? Quand?
Sait-on que comme pour bien d'autres domaines, ces programmes ne sont pas encore en oeuvre de manière généralisée et que les précédents continuent de sévir et donc de fausser l'évaluation des "nouveaux programmes" de 2002 devenus subitement anciens?
 
Certes les documents d'accompagnement n'ont pas été diffusés (pourquoi?), certes la mise en oeuvre est difficile (il sera plus facile de faire marche arrière), certes il faudrait un peu de temps pour pouvoir évaluer et réguler, certes, certes... Sont-ce des raisons suffisantes pour cautionner des régressions?
 
Le temps accordé en faisant des journées d'étude pour des choses qui sont étudiées depuis belle lurette, est du temps perdu pour la défense d'une Ecole terriblement et peut-être irréversiblement menacée.
 
Pierre FRACKOWIAK

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André Chervel dans son "Histoire de la grammaire scolaire... et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français." (Petite Bibliothèque Payot,1981) montre "que cette prétendue science de la langue n'est qu'un monstrueux bric-à-brac, échaffaudé au cours du XIXème et début XXème siècles" "Elle réussit à en imposer grâce à ses innombrables silences et surtout à la relation pédagogique où elle s'insère, fondée sur l'autorité et l'obéissance" Elle a empêché les réformes de l'orthographe. "Elle a sauvé l'orthographe du désastre car ce n'était pas une mince affaire que d'imposer à un peuple une écriture aussi sophistiquée." "L'Angleterre, l'Italie,Les Etats-Unis ou le Brésil qui ignorent les exigences d'une orthographe grammaticale n'imposent pas aux élèves des écoles l'étude d'une grammaire." "La demande de langue française et d'orthographe a créé en France un marché considérable ( au XIXème siècle)... Après le siècle des grammairiens philosophes, c'est l'ère des grammairiens profiteurs. Elle n'est pas close."
C'est le retour de l'idéologie, de l'obscurantisme et donc la nécessité d'un nouveau combat. Les  programmes de 2002 situent bien pourtant l'O.R.L. dans une relation avec les activités langagières, moyens et finalités.

Francis Dupuit
  
 

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