EDUCATION. --Après l ' apprentissage de la lecture, Gilles de Robien veut rétablir les cours de grammaire pure qui « structurent l ' esprit » et aident pour l ' orthographe. Un rapport publié aujourd ' hui prône sa « réhabilitation »

L ' école revient aux fondamentaux  Sud-Ouest 29/11/06

 

C ' est aujourd'hui que le linguiste Alain Bentolila va remettre un rapport très attendu au ministre de l ' Education Gilles de Robien. L ' académicien Erik Orsenna sera présent à cette petite cérémonie qui devrait tourner à l ' hommage aux vertus de la grammaire. Car les grands principes du texte d ' Alain Bentolila, professeur à l ' université Paris 5, sont déjà connus. Il propose de remanier cet enseignement du primaire au collège en s ' appuyant sur quelques fondamentaux, sans pour autant revenir à l ' école de papa.


Vive la leçon. Un exercice un peu périlleux pour le linguiste, dans lequel il tente de réconcilier les tenants des méthodes à l ' ancienne avec les promoteurs des nouvelles pédagogies. Mais l ' un des principes essentiels contenus dans ce rapport affirme qu ' il faut « réhabiliter la leçon de grammaire ». Ce n ' est pas tout à fait la renaissance du rude apprentissage des règles, puisqu ' Alain Bentolila accepte que l ' élève tâtonne et formule des hypothèses. Mais il s ' agit tout de même d ' un premier pas vers un retour à quelques fondamentaux. Par exemple la nécessité d ' aller du simple au complexe pour apprendre, ou de privilégier l ' analyse de la construction de la phrase à celle du texte.
Des conclusions que Gilles de Robien n ' a pas tardé à reprendre à son compte. « Des cours de grammaire, c ' est utile, on a un peu oublié cela », a estimé hier le ministre, ajoutant qu ' il souhaitait « qu ' on quitte le jargon jargonnant » parfois utilisé dans l ' enseignement de la grammaire pour arriver « à des choses simples (...) de façon à ce que les jeunes aient l ' esprit clair ». « Je voudrais aussi que les parents connaissent les règles de grammaire pour qu ' ils puissent aider les enfants. Il faut des règles simples. »
Une circulaire ministérielle allant dans ce sens, c ' est-à-dire faisant de la grammaire une discipline à part entière, devrait être rédigée d ' ici à la fin de l ' année.


Déjà la lecture. Même si rue de Grenelle on assure que ces nouvelles consignes ne seront pas un retour au « Bled » (le célèbre et ancien manuel de grammaire-orthographe et conjugaison), il faudra quand même « revoir quelques ouvrages trop complexes ». Mais les syndicats enseignants estiment au contraire que « l ' apprentissage de la grammaire se fait déjà dans de bonnes conditions ». Le Snuipp-FSU, le principal syndicat du primaire, a par exemple souhaité hier « une évaluation de ce qui se pratique actuellement ». Et son secrétaire général a demandé au ministre de « ne pas répéter les errements du débat sur la lecture ».
Car Gilles de Robien poursuit de toute évidence son programme de retour à des enseignements fondamentaux. Le ministre avait déjà provoqué un tollé en imposant dès cette rentrée l ' utilisation de la méthode syllabique au départ de l ' apprentissage de la lecture. Avec des menaces de sanctions à la clé pour les enseignants qui continueraient à utiliser un départ global, c ' est-à-dire l ' apprentissage de mots entiers. Un rapport de novembre vient de conclure à une bonne application sur le terrain de la directive Robien sur la lecture. Les syndicats n ' en sont pas surpris. Ils ont toujours affirmé que les professeurs d ' école pratiquaient déjà la syllabique dans leurs classes.

CHRONIQUE

Sauvons la grammaire !


par Jacques Julliard,
directeur délégué
de la rédaction
du Nouvel Observateur

 


Un rapport courageux s’attaque enfin aux linguistes en folie qui ont semé la panique dans le petit monde du sujet-verbe-complément.

ENFIN !
Il fallait bien qu’éclate une fois en pleine lumière le grand divorce qui, depuis plus de trente ans, oppose les Français à l’enseignement officiel de la grammaire. Il fallait bien qu’à la fin, on s’attaque à l’improbable galimatias qui, au pays de Molière et de Descartes, nous en tient lieu depuis qu’une bande de linguistes en folie et de cuistres de collège ont semé la plus inutile des révolutions dans le petit monde bien ordonné sujet-verbe-complément. Les inventeurs sont avant tout des nommeurs, dit Nietzsche, et l’on ne voit pas très bien en quoi la substitution des "déterminants" à l’article, de "groupes propositionnels obligatoires ou non" au classique complément circonstanciel, etc. ajoute à la connaissance de la langue. En outre, ces nomenclatures, variant d’un linguiste à l’autre, d’un manuel à l’autre, introduisent le désordre dans les esprits et le désespoir dans les familles.
Si encore il ne s’était agi que de terminologie ! Mais le mal est plus profond. En substituant à une étude analytique, progressive et systématique des formes d’organisation du langage ce que les instructions officielles appellent une "séquence d’observation réfléchie de la langue", on a pris le risque de la plus absurde des anarchies. La grammaire est à la langue ce que la logique est à la pensée. Mettez dans un sac les mots dompteur, lion, mange et tirez-les plusieurs fois de suite au hasard. Le résultat sera fort différent, nul ne peut l’ignorer.
C’est pourquoi le rapport qu’a remis mercredi au ministre de l’Education nationale Alain Bentolila, connu comme l’un des meilleurs spécialistes de la lecture alliant la rigueur scientifique et le bon sens politique, assisté de Dominique Desmarchelier, directeur du département de linguistique à Paris V, et d’Erik Orsenna, notre académicien navigateur - dont le livre jubilatoire "la Grammaire est un jeu d’enfant" a fait naguère un tabac dans le grand public -, ce rapport n’est pas seulement une bonne action, c’est une délivrance.
Sans s’attarder longuement sur les ravages de la grammaire textuelle, cette entreprise arbitraire qui prétend faire découvrir aux enfants la grammaire au gré de lectures aléatoires, Bentolila et ses collaborateurs, dans un exorde solennel et poétique, montrent bien comment la solidarité organisée des mots commande l’exercice de l’intelligence par les enfants et le progrès de la vérité dans les esprits. Ils comparent la grammaire à un exercice de mise en scène dans lequel on assigne des rôles à chacun des mots-acteurs. Il en résulte la nécessité d’une progressivité méthodique dans l’apprentissage de la grammaire, allant du plus simple au plus complexe, du plus fréquent au plus rare.
Les initiateurs de la grammaire textuelle ont commis, comme ceux de la lecture globale, un péché d’orgueil : imposer à l’apprenti une méthode qui présuppose, pour être efficace, une connaissance de mécanismes élémentaires qui n’appartient qu’à l’initié. Héritiers de la pensée classique française qui ne connaît pas d’enfants mais seulement des adultes en modèle réduit, ils conjuguent l’empirisme le plus échevelé - la découverte de la grammaire par l’enfant au hasard des textes – avec le formalisme le plus pédant et le plus contraignant des nomenclatures nouvelles. Imposé par les IUFM (Instituts universitaires de Formation des Maîtres), qui sont les bastions du pédagogisme et du formalisme, relayé par le corps de l’Inspection, qui en est le corps disciplinaire, la nouvelle doxa a envahi l’enseignement français, créant un fossé générationnel entre enfants et parents, dégoûtant les élèves de leur propre langue.
Bentolila, Desmarchelier et Orsenna proposent donc de réinventer la leçon de grammaire, qui seule permet d’introduire progressivement, de la maternelle et du cours élémentaire au collège, les bases de l’organisation grammaticale. Il faut souhaiter que ce rapport courageux soit suivi d’effets. Ce sera long et dur. Comme tout lobby, le lobby pédagogiste n’a qu’un objet : persévérer dans l’être. Mais les désastres mentaux provoqués par le scientisme naïf sont tels que la grammaire n’est pas seulement un jeu d’enfant. C’est aujourd’hui une cause nationale. J.J

(1) Je suis le plus souvent en désaccord avec Jean-Marie Couteaux, député européen ardemment souverainiste. Mais il y a beaucoup à prendre et souvent du meilleur dans son livre récent, "Être et parler français" (Perrin).

© Le Nouvel Observateur

 

RAPPORT SUR LA GRAMMAIRE

"Ne surestimons pas la grammaire"


par Anne-Marie Houdebine-Gravaud,
professeur de linguistique
et de sémiologie à la Sorbonne.

 


Un rapport a été remis aujourd'hui au ministre de l ' Education Gilles de Robien sur la grammaire. Que pensez-vous des annonces faites ?

- Je ne l ' ai pas lu mais d ' après les propos de son auteur Alain Bentolila, j ' ai compris qu ' il prônait le retour à un enseignement plus traditionnel, c ' est-à-dire repartir sur l ' étude des phrases plutôt que des textes. J ' ai été professeur de français au lycée, j ' enseigne à l ' université. J ' ai compris que ce qui compte dans la construction d ' une phrase, c ' est le sens qu ' on lui donne. Apprendre "SVO" (sujet-verbe- objet direct ou indirect) n ' apporte pas cette valeur essentielle qui est d ' apprendre à penser. Il faut s ' éloigner de l ' enseignement de la grammaire au sens de méta-langage : on apprend à parler avant tout en parlant, en pratiquant la langue. D ' abord l ' oral, puis l ' écrit. Bien entendu, un peu d ' analyse sur la construction et la structure de la phrase est nécessaire, mais pas indispensable. Ce qui importe plutôt, c ' est la compréhension de la fonction que possède le langage.

Alain Bentolila et Gilles de Robien se sont prononcés en faveur d ' une approche plus simple et abordable de la grammaire, arguant que son enseignement était trop compliqué. Rejoignez-vous cette analyse ?

- C ' est ce qu ' ils affirment. Maîtriser quelques notions fondamentales est un plus. Mais avez-vous déjà entendu un enfant faire de grosses erreurs de syntaxe ? Alain Bentolila donne son rapport à Gilles de Robien : jamais un enfant va dire "rapport donne à Bentolila Gilles de Robien". L ' enfant a compris, par la pratique de l ' oral, la construction de sa phrase et sa signification. Il n ' inversera pas les groupes. Et cela n ' a rien à voir avec l ' enseignement de la grammaire qu ' il a reçu en classe. Simplifions, allons du plus simple au plus compliqué… L ' enfant y gagnera : il apprend ainsi à élaborer sa pensée. Dans les années 70, j ' ai participé aux travaux de l ' Institut national de recherche pédagogique, notamment sur les langues orales. Je me suis notamment penchée sur le créole haïtien qui s ' apprend par des proverbes, des comptines… Voilà ce qu ' il faut : développer l ' oralité de la langue, et ensuite passer à l ' écrit. Je ne suis pas sûre que l ' enseignement de la grammaire soit essentiel, elle n ' est qu ' un vêtement sur la pensée.

Une réforme de la grammaire ne serait donc pas indispensable…

- Elle est peut-être nécessaire. Nous avons atteint aujourd ' hui une sophistication inutile mais ne surestimons pas la grammaire. Une réforme qui porterait uniquement sur la grammaire serait trop limitée. L ' enseignement global du français est à revoir. Les jeunes manquent aujourd ' hui de vocabulaire, de lexique. Développons ce vocabulaire dès la maternelle. A une époque, nous évoquions le français "passe-partout", parlé de façon correct, accessible à tous, dans toutes les catégories sociales. Nous nous en sommes éloignés.

Propos recueillis par Séverine De Smet
(mercredi 29 novembre 2006)

© Le Nouvel Observateur

Education

« Redonner toute sa place à la grammaire » GILLES DE ROBIEN, ministre de l ' Education nationale

LE LINGUISTE Alain Bentolila remettra ce matin au ministre son rapport très attendu sur la grammaire. Dans l ' entretien qu ' il nous a accordé, Gilles de Robien assure que sa réforme passera par le retour des cours de grammaire en bonne et due forme, avec un apprentissage plus « simple » et plus « progressif ». Ce discours plaira certainement aux parents, mais il risque d ' attiser la grogne des profs, qui le ressentiront peut-être comme une atteinte à leur savoir-faire. Le ministre, lui, se dit « déterminé ». Comme un symbole, il souhaite publier une circulaire le 3 janvier, un an jour pour jour après celle sur la lecture, qui avait déclenché une polémique avec les enseignants ! Un groupe d ' experts sera ensuite chargé de modifier rapidement les programmes pour que la réforme s ' applique dès septembre 2007 en classe. Dans le même temps, il a confié au professeur Bach un rapport sur le calcul. Objectif : « Restaurer le calcul mental dès le plus jeune âge, maîtriser parfaitement les opérations en CM 2, connaître impeccablement les tables de multiplication... Aujourd ' hui, sans calculatrice, les élèves sont perdus. Il faudra sans doute un peu moins la sortir. »

Quelle urgence y a-t-il à réformer la grammaire ?
Gilles de Robien.
Il suffit de lire un manuel de français pour s
' apercevoir que ce que l ' on demande aux élèves, notamment en primaire, est inutilement jargonnant et complexe... en tout cas incompréhensible. Si l ' on veut vraiment noyer les élèves, continuons ainsi ! Comment s ' étonner dès lors qu ' ils connaissent mal les conjugaisons, qu ' ils aient des problèmes à structurer leurs phrases ? Cela se ressent à la façon dont ils s ' interpellent parfois : ils ont du mal à faire passer leur message, à se faire comprendre. C ' est souvent comme cela que naît la violence. Comme la lecture ou l ' écriture, la grammaire fait partie des savoirs de base. Elle structure l ' esprit, donne une logique. Apprendre le « je » aide tout individu à se responsabiliser... Et elle est également indispensable pour avoir une meilleure orthographe, qui s ' est beaucoup dégradée.

De quelle grammaire voulez-vous ?
Je veux qu
' elle soit enseignée à part entière et non plus seulement au fil des textes, comme c ' est le cas depuis des années. Je suis pour un ordre juste de l ' apprentissage : simplicité, progressivité, efficacité. Il faut partir du plus simple - l ' identification du mot, le sujet-verbe-complément - pour aller au plus compliqué, et non l ' inverse. Rétablir la leçon de grammaire passera par l ' apprentissage des règles de base et des exercices systématiques. Je demande également une grande vigilance dans les autres disciplines : en mathématiques, en histoire ou ailleurs, les enseignants devront veiller à ce que les élèves respectent le bon français.

Règles, exercices... Cela ne risque-t-il pas de rebuter les élèves ?
Il n
' y aura pas que cela. Mais même si certains la jugent rébarbative, c ' est une étape obligée, comme le solfège pour la musique. C ' est comme cela que l ' on suscitera chez les enfants les plaisirs de la langue et la capacité de produire des phrases. Je ne suis pas un nostalgique de l ' école d ' autrefois, mais il y a des recettes de bon sens éternelles qu ' on a peut-être un peu oubliées ces derniers temps. Pourquoi les rejeter ? Cette réforme va répondre aux attentes des parents, bien en peine d ' aider leurs enfants, et les rassurer sur la capacité de notre école à se moderniser.

Allez-vous augmenter les heures consacrées au français ?
Plus d
' heures, cela ne rime à rien pour l ' instant. Commençons par faire mieux, en restaurant les bonnes méthodes et en redonnant toute sa place à la grammaire. Une chose est sûre : il faudra insister sur le début de l ' apprentissage, c ' est-à-dire en CE 1 et en CE 2. Si les élèves acquièrent tôt de bonnes bases, alors ils pourront approfondir, une fois au collège, la grammaire plus complexe, se concentrer sur les textes.

Propos recueillis par Charles de Saint Sauveur

Le Parisien , mercredi 29 novembre 2006

 

Les profs de français plutôt inquiets

 

QU ' ON s ' intéresse à la grammaire ne peut pas déplaire aux professeurs de lettres. « C ' est le fondement de notre discipline, comme l ' orthographe, assure Viviane Youx, présidente de l ' Afef, Association française des enseignants de français. Cela fait des années que nous demandons qu ' elle soit mise en avant, qu ' on détermine les notions grammaticales à acquérir en fonction des classes. » Et pourtant, les annonces de Gilles de Robien les inquiètent plutôt. « Il y a de quoi ! Après la polémique sur la lecture, le ministre de l ' Education accuse à nouveau les profs de ne pas bien enseigner, poursuit Viviane Youx. Il risque de mettre le feu aux poudres. Si c ' était si simple d ' utiliser des méthodes d ' antan pour que tout fonctionne, que les élèves lisent bien, comprennent et réussissent, franchement, pourquoi les profs ne reviendraient-ils pas en arrière ? Hélas ! Ce n ' est pas si simple. » L ' Afef conteste notamment le fait qu ' en grammaire partir d ' une notion simple permet de mieux appréhender les difficultés. « Et puis prôner le retour aux règles et aux exercices, mais enfin, on ne fait que ça ! note Armelle, institutrice de CM 2 à Paris. Pour le complément circonstanciel direct, j ' explique via un texte et puis on fait des exercices et mes élèves ont des devoirs à faire sur la leçon. » Au moins un sujet sur lequel professseurs et ministre sont tout à fait d ' accord : le jargon grammatical utilisé, comme « la situation d ' énonciation », l ' « organisation raisonnée de la langue ». « C ' est vrai qu ' il y a une dérive, poursuit Armelle, mais franchement, en classe, on essaie d ' utiliser des mots compréhensibles par tous, nos élèves et leurs parents. »

Le Parisien , mercredi 29 novembre 2006

Education. Robien veut simplifier la grammaire

Après la réforme houleuse de la lecture, le ministre de l ’ Education , Gilles de Robien, s’ attaque à la grammaire : il veut la simplifier et la transformer en discipline à part entière à l’ école .

« Des cours de grammaire, c ’ est utile, on a un peu oublié cela » , a estimé , hier, le ministre de l ’ Education . « I l faut revenir à la grammaire » , a -t-il insisté, « non par nostalgie mais parce que la grammaire est quelque chose de structurant » . Gilles de Robien s’est exprimé à la veille de la remise du rapport du linguiste , Alain Bentolila . C e spécialiste réputé prône un enseignement de la grammaire simplifié sans pour autant « revenir à la grammaire de papa » .

Des enseignants perplexes

Sur le terrain, des enseignants et des syndicalistes se montrent plutôt perplexes. « Je continue à faire de la grammaire à partir de textes en classe mais aussi à travers des cours de grammaire. Tous mes collègues font la même chose ! En fait , le mot grammaire va juste réapparaître officiellement dans nos emplois du temps, je ne vois rien d ’ autre de nouveau » , a ainsi réagi, hier, Alain Brousseau, instituteur dans une école primaire du XV e arrondissement de Paris. Pour un professeur d ’ IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) , Roland Goigoux, il y a déjà « beaucoup de leçons de grammaire à l ’ école, je ne suis pas sûr que cet enseignement soit si sinistré » .

Quelles innovations ?

Alors en quoi une réforme de la grammaire serait innovante ? « Regardons les manuels de français en 4 e , par exemple. Leur vocabulaire est très compliqué » , souligne-t-on dans l ’ entourage du ministre de l’Education . Il s ’ agirait donc de toiletter les termes grammaticaux et de « travailler la grammaire de phrase qui suppose une claire identification des mots au départ » , contrairement au programme de 2002 qui demande de travailler à partir de textes. En tout cas, « ce n ’ est pas le retour au Bled ! » affirme-t-on , rue de Grenelle, en allusion au fameux manuel de grammaire-orthographe-conjugaison. Les syndicats enseignants , comme le Se-Unsa et le Snuipp-FSU , ont de leur côté souhaité « une évaluation de ce qui se fait actuellement en grammaire » . Le secrétaire général du SN Uipp-FSU, principal syndicat du primaire, Gilles Moindrot, a demand é au ministre de « ne pas répéter les errements du débat sur la lecture ! »

Le retour à la grammaire

Après la lecture, le ministre de l
' Education nationale enfourche un nouveau cheval de bataille.

Après la réforme houleuse de la lecture, le ministre de l ' Education, Gilles de Robien, s ' attaque à la grammaire en voulant la simplifier et la transformer en discipline à part entière à l ' école, alors que sur le terrain des enseignants et syndicats estiment que c ' est déjà le cas.

« Des cours de grammaire, c ' est utile, on a un peu oublié celaë », a estimé hier le ministre de l ' Education, souhaitant « probablement rétablir des cours de grammaireë » à part entière à l ' école et au collège dès la rentrée prochaine. (.....) « Il faut revenir à la grammaireë », a insisté le ministre, « non par nostalgie mais parce que la grammaire est quelque chose de structurantë ».

Il a tenu ces propos la veille de la remise du rapport du linguiste Alain Bentolila sur cette question, dans lequel ce spécialiste réputé prône un enseignement de la grammaire simplifié sans pour autant « revenir à la grammaire de papaë ».

Mais des enseignants et des syndicalistes se montrent plutôt perplexes. Ils affirment que « la grammaire est évidemment essentielle à l ' écoleë » et qu ' « elle est déjà bien enseignéeë ».

Un enseignement « pas si sinistréë »

« Je continue à faire de la grammaire à partir de textes en classe mais aussi à travers des cours de grammaire. Tous mes collègues font la même choseë ë! En fait, le mot grammaire va juste réapparaître officiellement dans nos emplois du temps, je ne vois rien d ' autre de nouveauë », a déclaré Alain Brousseau, instituteur dans une école primaire du XVe arrondissement de Paris.

De même, selon Nicolas Risser, professeur de français au collège Jean Vilar de la Courneuve, « la grammaire, on en fait tout le temps et elle représente un objectif énorme, surtout en banlieueë ». Il rappelle que « les programmes actuels disent que la grammaire ne doit pas être détachée des textes. On part donc des objets littéraires Ï comme prétexte Ï pour aller vers des éléments précis en grammaireë ».

« Personne ne comprend rienë »

Pour un autre spécialiste et professeur d ' IUFM, Roland Goigoux, il y a déjà « beaucoup de leçons de grammaire à l ' école, je ne suis pas sûr que cet enseignement soit si sinistréë ».

Alors en quoi une réforme de la grammaire serait innovante ?

« Regardons les manuels de français en 4e par exemple. Leur vocabulaire est très compliqué, personne ne comprend rienë », souligne-t-on dans l ' entourage du ministre.

Il s ' agirait donc de toiletter les termes grammaticaux et de « travailler la grammaire de phrase qui suppose une claire identification des mots au départë », contrairement au programme de 2002 qui demande de travailler à partir de textes.

En tout cas, « ce n ' est pas le retour au Bledë ë!ë » affirme-t-on rue de Grenelle, en allusion au fameux manuel de grammaire-orthographe-conjugaison.

« Le rapport Bentolila semble dire que l ' enseignement de la grammaire doit être progressif et pas en fonction des aléas des rencontres de la lectureë » et que finalement, cette réforme de la grammaire « ira dans le sens de ce qui se faisait avant 2002ë », précise de son côté M. Goigoux.

Les syndicats enseignants comme le Se-Unsa et le Snuipp-FSU ont de leur côté souhaité « une évaluation de ce qui se fait actuellement en grammaireë ». Le secrétaire général du SN Uipp-FSU, principal syndicat du primaire, Gilles Moindrot, demande enfin au ministre de « ne pas répéter les errements du débat sur la lectureë ».


© L ' Est Républicain  - 29/11/2006 - Droits de reproduction et de diffusion réservés

mercredi 29 novembre 2006, 18h14

La grammaire devrait bientôt devenir "une chanson douce" à l ' école

Par Philomène BOUILLON

PARIS (AFP) - La grammaire pourra bientôt devenir "une chanson douce" à l ' école selon le ministre de l ' Education, Gilles de Robien, qui veut rétablir son enseignement systématique tout en la dépoussiérant d ' une phraséologie absconse, pour mieux aider les enfants à se structurer.

"La grammaire, dont Erik Orsenna dit qu ' elle est +une chanson douce+ est souvent associée à quelque chose de rébarbatif" mais "la connaissance des règles de grammaire n ' est pas une servitude, c ' est un instrument de maîtrise de la langue et de liberté" car "la grammaire crée le lien social!", a affirmé mercredi M. de Robien en présentant le rapport du linguiste Alain Bentolila sur la grammaire.

Rédigé en collaboration avec l ' académicien Erik Orsenna et un autre linguiste, ce rapport prône un retour des vrais cours de grammaire en classe, mais avec une méthode progressive et une terminologie simplifiée.

Le rapport Bentolila servira de base à cette réforme de l ' enseignement de la grammaire applicable dès la rentrée 2006/2007. Les manuels scolaires seront aussi modifiés pour "programmer des leçons spécifiques de grammaire" à l ' école et au collège, selon le ministre.

Alain Bentolila préconise dans son rapport de dépoussiérer la grammaire de sa phraséologie et de la rendre moins technique.

"A l ' école, les programmes qualifient l ' enseignement de la grammaire d ' +Observation réfléchie de la langue française (ORL)+. Que vous suggère ORL à part l ' Oto-Rhino-Laryngologie ?" ont ironisé Alain Bentolila et Erik Orsenna.

Donc une nouvelle "terminologie grammaticale" devra "permettre aux parents et aux grands-parents d ' accompagner sans difficulté l ' apprentissage de leurs enfants et petits-enfants. Les termes doivent être simples, transparents, rigoureux", insiste le rapport.

"Ce qui m ' intéresse n ' est pas ce qui se faisait il y a dix ou cent ans mais ce qui se fait aujourd ' hui", a précisé Alain Bentolila selon lequel il faudrait au moins inclure "2h à 2h30 de grammaire chaque semaine" pour que l ' écolier ou le collégien ait un niveau "acceptable".

Actuellement, selon les programmes datant de 2002, la grammaire est abordée au fil des textes en classe et pas à part entière. Les enseignants se servent de ces textes pour y dénicher des règles de grammaire et s ' arrêter sur des points précis.

"L ' enseignement de la grammaire, à l ' exemple de celui de la lecture, doit se fonder sur une progression rigoureuse allant du plus simple au plus complexe et du plus fréquent au plus rare", souligne a contrario le rapport.

"A l ' école et au collège la +leçon de grammaire+ et les exercices qui la concluent sont des éléments essentiels", ajoute le document qui précise que "la conduite d ' une leçon de grammaire fera toute sa place à l ' observation, à la manipulation et à la réflexion" et "ne saurait être laissée à l ' aléatoire rencontre des textes".

Enfin, le cahier des charges de la formation des maîtres (transmis lundi par le ministre au Haut conseil de l ' Education en vue d ' une réforme des IUFM qui sera complète en 2008, ndlr) "intégrera l ' ensemble des recommandations" du rapport "afin que les futurs professeurs partagent les mêmes choix de progression et les mêmes usages terminologiques".

Après la lecture et la grammaire, l ' enseignement des mathématiques sera "le prochain grand chantier" de Gilles de Robien pour son nouveau socle commun des connaissances.