Colloque de DOUAI - 9 octobre 1999
SI.EN-Fen - Académie de LILLE

Actes du colloque

L'inspecteur du 21ème siècle

Intervention de Georges GAUZENTE

Quelles perspectives pour l'inspection du XXIème siècle ?

        Pour exprimer en cinq minutes un point de vue sur cette vaste question, j’évoquerai pour être bref et au risque d’être mal compris deux orientations institutionnelles, deux perspectives professionnelles et deux conditions.

Deux orientations institutionnelles

        Entre hiérarchie et réseau, où l’inspecteur entend-il être ?

        Assurément, l’histoire a fait de l’inspecteur un élément de la hiérarchie qui perdure. Faut-il s’en éloigner ? Le modèle hiérarchique, aujourd’hui plus que jamais, fait courir à l’inspecteur le risque d’être en concurrence avec des acteurs du système dont les attributions sont celles de " directeurs ", de décideurs, de pilotes, que ce soit au sein de sa propre hiérarchie (on pense, pour le 1er degré aux DSDEN), que ce soit avec les chefs d’établissement et directeurs d’école.

        A l’opposé, le concept organisationnel du réseau le situe différemment et l’invite à préciser son identité professionnelle parmi d’autres métiers avec lesquels il a des échanges fonctionnels, collégiaux, fondés sur la complémentarité. Construire une telle identité ne résultera pas seulement d’un acte de pouvoir. Chacun aura à s’interroger.

        Pour ce qui me concerne, c’est une organisation en réseau qui devrait prévaloir. Car le système a suffisamment de gestionnaires, de décideurs, de cadres administratifs. En revanche, il manque d’évaluation, il manque de médiation. Deux notions quasiment incantatoires tellement elles sont avancées.

        Ce choix en entraîne un autre : entre commandement et évaluation, que sera l’inspection ?

        L’histoire montre que l’inspecteur, depuis sa création en 1833, a toujours été commandé et surveillé sans guère de concessions (l’ouvrage de Christian ROUX " L’inspection primaire au XIXème siècle " - CRDP Aix, est éloquent).

        Et lui-même est en situation de commander, que ce soit selon le modèle ancien du " territoire " concédé (plus connu sous le nom de " baronnie "), de la puissance administrative, ou selon les modèles récents de l’expertise didactique ou de l’assignation d’objectifs (" pilotage ", " contrats "…). Toutes les études depuis le rapport LESOURNE en 1987 jusqu’à nos jours montrent que cela ne marche pas.

        L’évaluation, à l’opposé, si tel est le domaine professionnel de l’inspecteur, repose sur d’autres présupposés, sur d’autres conceptions tirées d’une réflexion plus large qui fait référence à la sociologie des organisations, aux théories de la valeur et des valeurs. L’attention portée à la valeur du travail des acteurs que la loi définit comme ceux qui sont responsables de l’enseignement qu’ils dispensent, le travail d’évaluation conduit avec ceux-ci (et non imposé à eux comme un acte de pouvoir), voilà assurément des actes professionnels autrement plus complexes que le contrôle en position hiérarchique. Pourtant, si nous n’avançons pas, au seuil du XXIème siècle, vers un approfondissement de l’évaluation professionnelle en système scolaire, il sera difficile de légitimer notre place.

        Et le territoire dans tout cela ? Si ce premier ensemble de contradictions et d’alternatives ne trouve pas d’issue, il est à craindre que la question du territoire de l’inspecteur ne soit jamais (ne soit toujours ?) qu’un ersatz de l’attribution de pouvoir. C’est-à-dire que rien ne changerait.

Deux perspectives professionnelles pour l’inspecteur au XXIème siècle

        La première est celle qui fait de l’évaluation le cœur du métier d’inspecteur : celui-ci laisse à d’autres les métiers plus enclins au pilotage en organisation pyramidale. Il en faut. (On trouvera dans les Cahiers Binet-Simon n° 654 – 1998, n° 1, notre article sur ce thème).

        La deuxième perspective est liée à ce concept, puisque l’évaluation trouve un contexte favorable dans la collégialité.

Pour plusieurs raisons :

 La collégialité s’exerce dans un contexte de responsabilité partagée (et non plus de responsabilité octroyée)

 elle offre, par sa définition même, la possibilité de confronter des théories, d’échanger sur des pratiques, de construire des protocoles, de mettre en commun des expériences, d’étudier des problèmes, sans que l’hypothèque des positions hiérarchiques ne vienne tuer la parole des uns et des autres

 elle permet un travail commun, hors des pesanteurs hiérarchiques, avec d’autres métiers (à cet égard, le statut des bassins de formation serait à examiner), dès lors que les finalités du système sont partagées. C’est, à cet égard, la hiérarchie des compétences qui prime sur la hiérarchie des pouvoirs attribués.

Collégialité ? Oui, mais à quelles conditions ?

Deux conditions

        Il est illusion d’espérer l’avènement de la collégialité (et aussi des territoires partagés) tant que perdure la hiérarchie des corps d’inspection. Hiérarchie des " corps " d’inspection, mais aussi hiérarchies des installées, sinon cultivées dans les représentations, hiérarchie pesante et méprisante dans les rapports humains et professionnels (le SI.EN – FEN y a consacré récemment un éditorial devant la recrudescence d’actes de ce type). Nous citerons cette académie qui, pendant presque dix ans, a " oublié " de consulter les IEN du 1er degré sur le P.T.A….

        Et puis, enfin, il n’y aura collégialité que dans la mesure où est reconnue l’existence de métiers différents, métiers de la direction, métiers de l’inspection-évaluation ! Et que ces métiers se retrouvent dans une organisation " transversale ", en réseau. On peut se demander si la confusion de l’administratif et du " pédagogique " qui fait de la circonscription du premier degré un quasi-établissement local (en dépit du droit) n’est pas un frein à la responsabilisation des enseignants (que l’on invoque par ailleurs : c.f charte du XXIème siècle), et une commodité administrative qui a pour effet de reléguer au second plan la mission évaluative de l’inspection.

        Enfin, au-delà de la collégialité inspectorale, ne faudrait-il pas réfléchir à la collégialité dans le système tout entier. Verra-t-on un jour s’instaurer le " collège des professeurs de sixième " ? Qui le permettra, qui y incitera, qui l’acceptera ?