Colloque de DOUAI - 9 octobre 1999
SI.EN-Fen - Académie de LILLE

Actes du colloque

L'inspecteur du 21ème siècle

Réponse de J. Arnould à J.P. Roquet

J’apprécie beaucoup les analyses de Jean-Pol ROQUET et j’y adhère largement.

Toutefois, après avoir lu celles concernant la construction de l'identité professionnelle, j’aimerais lui adresser trois remarques, inspirées par la distance que l’on prend (grâce à la retraite), en n’étant ni « très éloigné de soi-même… ni trop impliqué » (cf. le renvoi n° 4).

 1. - Présenter l’inspecteur comme le seul qui puisse rencontrer le sujet professionnel, etc. risque de vous être retourné comme une manifestation de plus de la tendance paranoïaque de certains de nos collègues. Car visiter un enseignant en classe tous les 3 ans en moyenne et le rencontrer dans des collectifs de taille variable de loin en loin justifient-ils que vous puissiez revendiquer le monopole de la connaissance de l’autre ainsi que la reconnaissance d’une capacité non partagée d’expertise allant jusqu’à « rendre intelligibles les faits de l’expérience » ?

D’autres que l’inspecteur, pas nécessairement quelconques, entourent, accompagnent et connaissent l’enseignant et l’enseignement : le directeur (la directrice), les collègues, ceux du RASED, les conseillers pédagogiques, les intervenants, les parents, des élus, etc. Cela fait une somme non négligeable d’acteurs qui interviennent dans la construction de l’identité professionnelle, de façon certes implicite et trop peu rationalisée, mais tout de même opérante.

Il faudrait rester mesurés : dites plutôt que l’inspecteur est plus expert que d’autres, plus capable que d’autres de pratiquer une évaluation externe objective.

J’ajoute que la démocratie fonctionnerait bien douteusement si un individu disposait réellement du pouvoir exorbitant, exercé solitairement, de « construire une culture d’institution, … le sens des identités professionnelles ».

Quelle serait la différence avec le pouvoir du prêtre ? Et celui du prince serait-il dépassé ?

Heureusement l’inspecteur n’est pas seul face au problème de l’identité du sujet professionnel. Qu’il soit plus expert que d’autres, cela est certain. Mais qu’il se situe et exerce surtout dans une relation plus coopérative et plus partenariale, cela est loin d’être admis et pratiqué. Et dans l’article de J.-P. ROQUET, cette perspective et cette exigence sont malheureusement  bien absentes.

 2. – Prétendre que l’inspecteur est « un expert de l’écoute active, de l’approfondissement, de l’entretien » me laisse assez sceptique. Car cette dimension est malheureusement un des maillons les plus faibles de la chaîne « recrutement-formation ». Le mode de recrutement ne renseigne guère sur la personnalité des candidats et leur capacité à la relation et à l’entretien.

Quant à la formation, elle fait une place bien modeste à ce volet pourtant majeur de l’acte professionnel d’inspection.

Il faudrait plutôt dire que vous demandez que l’inspecteur du XXIème siècle « devienne » « un expert de l’écoute active, … ».

A ce sujet, je suggère que J.-P. ROQUET soit plus explicite que ne l’est sa conclusion : la formation nouvelle devrait inclure des disciplines solidement centrées sur l’homme et articulées avec les sciences humaines : la psychologie, la sociologie, des éléments d’anthropologie, d’ethnopsychiatrie, etc.

 3. – S’il est vrai assurément que « le sujet, au cœur de son expérience, ne peut s’en détacher pour la construire » et qu’il lui faut « un médiateur », cette observation s’applique aussi à l’inspecteur lui-même. J.-P. ROQUET ne le souligne pas assez.

Sans même parler d’évaluation, la simple hygiène sociale exigerait que l’inspecteur du XXIème siècle ne soit plus aussi seul et aussi souverain dans la construction de sa propre identité et dans le choix de ses pratiques professionnelles. L’évaluation externe actuelle (celle des IA, des Recteurs, des I.G.) est sommaire et dérisoire. Ici, « l’autre », partenaire, co-acteur, médiateur,… est manquant. Il est à définir et à réclamer, dans une perspective d’équipe et de grand collectif (1).

 Jean ARNOULD
(IEN 1er degré, retraité, de l’académie de STRASBOURG, ancien membre du Bureau National)

 [1] Le système d’organisation en « Bassins » va bien dans ce sens.