Colloque de DOUAI - 9 octobre 1999
SI.EN-Fen - Académie de LILLE

Actes du colloque

L'inspecteur du 21ème siècle

Contribution de Bernard Achddou

Les circonscriptions : baronnies ou vassalités ?

  Depuis leur création, affirmée par une volonté politique de quadriller le territoire national, et singulièrement les écoles communales, au cours du 19ème(lois Guizot) et début du 20ème siècles, tout s'est passé comme si, à la faveur sans doute de préoccupations plus urgentes, la massification de la scolarisation et ses conséquences, ou politiquement plus rentables (plusieurs hypothèses sont ici permises), les circonscriptions avaient tranquillement survécu aux divers évolutions du système éducatif, sans autre changement significatif que l'introduction de la mixité (élémentaire-maternelle).

 Tel n'est pas le moindre paradoxe que d'observer que des unités (est-ce bien le mot qui convient?) qui n'ont aucune existence juridique, à peine au plan administratif et dont l'identité dépend, en grande partie, des qualités de son animateur principal, l'inspecteur "primaire", ont finalement peu bougé malgré leur fragilité apparente, la quasi-absence de moyens délégués,

et l'inexistence d'une autorité juridiquement responsable. Cela tient, sans doute, au fait que leur histoire se confond très étroitement avec celle des Inspecteurs du premier degré.

 Précisément, dans cet espace relativement autonome, des infléchissements ont pu être marqués tenant aux options ou à la personnalité de ces derniers. Des typologies peuvent être tentées, en synchronie comme en diachronie: depuis le "baron", ou version plus industrielle le "patron", tenant ferme la guidance des écoles, au pédagogue, tentant de faire dépasser les conservatismes dont notre école a le secret, aux essais plus récents de  "pilotage" à la faveur d'indicateurs présentant l'attrait de la modernité et de la technicité, à mon avis trop sévèrement mis en cause par J.P Roquet (articles parus dans L'INSPECTION n° 54 et 55).

 Où en est-on aujourd'hui? Sans doute un peu de tout ces modèles, et d'autres, pré-existent-ils, parfois chez le même inspecteur, lorsque le loisir de pouvoir assumer l'un de ces rôles ou plusieurs, lui en est laissé, les tâches d'exécution et d'information de l'autorité hiérarchique supérieure s'étant considérablement accumulées ces dernières années.

 Second paradoxe, à la faveur cette fois d'un renforcement de l'autorité politique, au sens large, la circonscription ne retrouve-t-elle pas, sa fonction d'origine, l'enquête statistique, transmise de préférence par e-mail, s'étant substituée au "rapport"?

 Le constat que nous sommes nombreux à faire, sur ce point au moins un large consensus semble prévaloir, c'est que cela à entraîné une surcharge de travail inégalée, une baisse inavouée du nombre d'inspections, et une dispersion dans des tâches aussi variées que (parfois) inutiles.

 Pour autant, quelles pourraient être les évolutions souhaitables? Deux modèles sont implicitement avancés.

 La circonscription E.P.L.E (le rapport DASTE y fait allusion): à en juger par la crise des vocations chez nos collègues chefs d'établissements, l'accablement administratif contre lequel ils ne cessent de protester, il faudrait une radicale évolution de ces établissements pour que leur dimension pédagogique soit pleinement préservée.

 L'abandon pur et simple de la circonscription comme entité administrative et pédagogique, l'I.E.N partageant alors un territoire ( il en faudra bien un) vaste comme un….bassin de formation. Dans ce cas de figure, le travail en collégialité deviendrait quasiment indispensable et la gestion administrative pourrait se trouver prise en charge par une autre instance, qui reste à définir. Mais surtout la cohérence avec la revendication d'un corps unique d'inspecteurs est forte. Deux inconvénients toutefois, à mon sens, dans cette hypothèse: la sous-estimation du besoin de régulation (doux euphémisme dans certaines situations) que la vie des écoles génère immanquablement, laquelle ne serait plus assurée alors par une instance de proximité, située entre un Directeur d'école, même nanti d'un véritable statut, et le Recteur ou l'Inspecteur d'Académie (si la gestion départementale est maintenue). Mais surtout, la mise en réseau des ressources et des moyens pédagogiques, ce point seul mériterait un long débat, en serait aboli, par définition ou élargi à un ensemble géographique sur-dimensionné. Or, c'est précisément, la spécificité, et l'intérêt du travail d'un Inspecteur, sur l'axe horizontal des ses fonctions qui s'en trouverait ainsi fortement restreinte.

 Cette action-là suppose, en effet, un nombre limité d'établissements scolaires et l'identification claire d'un responsable, pour les enseignants comme pour les partenaires du système éducatif. Cette "troisième voie", ni baronie, ni vassalité, ne devrait pas être, a priori, incompatible avec la nécessité, bien entendu, de renseigner utilement l'autorité hiérarchique, une gestion plus collégiale, (en bassin de formation ?), des missions transversales (limitées dans le temps) et surtout un travail d'équipe et une mise en commun des compétences professionnelles (autre sujet à débattre).

 Elle suppose un allègement significatif des tâches administratives: un second dossier individuel par enseignant est-il réellement nécessaire, par exemple ? .Ne pourrait-on pas simplifier la gestion du courrier, double transmission…? Etc…

 Elle implique surtout une adhésion des intéressés qui ne sera obtenue, quelle que soient d'ailleurs les évolutions attendues, que  par l'institution d'une égale considération et d'une égale reconnaissance des corps d'inspection.

 

                                                    Bernard Achddou

                                              Responsable Académique Nantes