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Quelle place pour l'enseignement des langues régionales ?

 

Forum du journal Libération

Documents de référence

Textes soumis au CSE du 3 mai 2001

          Projet de décret (création d'un Conseil académique des langues régionales)

          Projet d'arrêté (enseignement bilingue)

          Projet de circulaire sur l'enseignement des langues régionales

          Projet de circulaire sur l'enseignement bilingue

          Projet de circulaire sur l'enseignement bilingue par immersion dans les établissements "langue régionale"

Conférence de presse du ministre (25 avril 2001) 

Faire du bilinguisme le vecteur privilégié de l'apprentissage des langues et cultures régionales.

          Partenariat avec les collectivités locales

          Recrutement des enseignants

Discours du ministre sur l'enseignement des langues

(31 janvier 2001)

Extrait de la circulaire de rentrée 2001

(BO n° 13 du 29 mars 2001)

 

    Les messages reçus sur les projets de circulaires sur l'enseignement des langues régionales traduisent l'importance des enjeux politiques et éducatifs qui sont en question. C'est la nature même de l'Ecole de la République qui peut être remise en cause.

    Compte tenu du caractère sensible de ce débat, et afin de permettre à chacun de s'exprimer librement, les contributions sont publiées de manière anonyme, avec seulement l'indication de l'académie.

    C'est à partir de ces échanges que le SI.EN prendra position dans les instances consultatives dont il est membre (et en particulier au CSE où il est le seul représentant des corps d'inspection).

 

29.4.01 - Etats-Unis

Un ancien ministre de l'éducation nationale critique le plan Lang

L'ex-ministre de l'éducation nationale, C.A., critique le plan de son successeur pour promouvoir l'enseignement des langues régionales à l'école.

"La première priorité, c'est le français, et les enfants ont déjà des difficultés. La deuxième priorité, c'est de parler anglais. Les langues régionales, ça vient après. (...) Il faudrait que la France fabrique des informaticiens parlant anglais et on nous propose de fabriquer des bergers parlant occitan", a commenté C.A. qui se dit pourtant favorable à cet enseignement à condition qu'il soit pris en charge par les régions et non par l'Etat.

(Extrait du journal "Sud-Ouest" - 30 avril 2001)

29.4.01- Académie de Bordeaux

Langues régionales : l’hypocrisie

- De ceux qui mettent en avant la défense d’un patrimoine alors que chacun sait bien qu’ils ont d’abord des visées politiques et des arrières-pensées électorales.

- De ceux qui présentent l’enseignement dans la langue régionale comme le modèle de référence alors qu’il s’agit bien évidemment d’une manœuvre politicienne visant à justifier l’intégration des écoles associatives au service public.

- De ceux qui se font les avocats de la diversité sans se demander si cette diversité-là, appliquée à toutes les communautés vivant sur le territoire de la République, est compatible avec les principes fondamentaux de l’Ecole de la République.

- De ceux qui justifient les moyens considérables qu’ils s’apprêtent à donner aux différentes formes d’enseignement bilingue en langue régionale par la nécessité de réparer l’injustice dont ces langues auraient été victimes.

- De ceux qui se réfugient derrière l’accord des parents pour légitimer leur démarche en faisant semblant d’ignorer les pressions politiques et les lobbies de tous ordres qui manipulent en fait cette « demande sociale ».

- De ceux qui refusent le débat politique et préfèrent agir dans le cadre discret de décrets et de circulaires ministériels alors que seules une réforme constitutionnelle et une loi votée par le parlement pourraient « légaliser » un enseignement bilingue qui est contraire à la Constitution.

- De ceux qui prétendent soudainement que l’enseignement bilingue serait la méthode idéale pour apprendre les langues, même pour des enfants qui ne vivent pas dans un environnement bilingue.

- De ceux qui n’ont pas le courage de gérer des situations d’exception - qu’ils ont d’ailleurs souvent eux-mêmes contribué à créer - et qui pensent pouvoir y répondre en en faisant une règle générale au mépris des principes essentiels de la République.

- De ceux qui veulent faire croire que le développement des langues régionales s’inscrit dans une dynamique européenne alors que la plupart de ces langues ne sont pas - et n’ont pas vocation à être - des langues d’échange au sein de la communauté européenne.

- De ceux qui continuent à affirmer que l’enseignement de la langue et de la culture françaises est une priorité mais qui mettent en place des formes d’enseignement bilingue qui sont la négation même de cette priorité.

Derrière cette évolution de l’Ecole de la République que certains prétendent nous imposer au mépris total des règles démocratiques, il y a un enjeu décisif pour l’évolution de la société française et le choix délibéré d’une Europe des régions. Ce choix est-il le nôtre ?

28.4.01- Académie de Clermont-Ferrand 

Ces circulaires sont à peine croyables... On croit rêver ou plutôt cauchemarder!
La République est en danger!

Comment un ministre de la République et ses conseillers peuvent-ils oser donner satisfaction à des groupuscules intégristes et séparatistes qui demandent l'abrogation de l'article 2 de la constitution?

Comment osent-ils affirmer sans rire que les résultats au BAC des écoles DIWAN ou basques ou corses sont meilleurs que ceux des lycées où l'enseignement se fait en français? Serait-ce un effet des notes mirobolantes attribuées en "langues régionales" à des élèves qui "connaissent bien la musique" et pour lesquels le choix de cette option se fait en fonction de cette note de 19/20 qu'ils sont assurés d'obtenir?

Le scandale continue avec le "concours spécial" réservé aux futurs professeurs d'école malgré les assurances du ministre.
Dans le cadre de la fête de la musique nous pourrions offrir à nos rédacteurs de ces circulaires la chanson de Brassens "Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part", ces régionalistes séparatistes, intégristes intolérants ont bien souvent tressé des liens avec les églises intégristes et les mouvements indépendantistes. C'est sûrement là un gage d'ouverture et de citoyenneté.
Dans le texte même on relève des erreurs fondamentales: Créer des écoles bilingues avec des maîtres de breton, de corse, d'occitan et à côté, des maîtres de français, c'est faire un choix que nos amis des pays francophones d'Afrique ont abandonné! C'est tracer une frontière entre le français et les autres langues, c'est marginaliser l'une et l'autre. Au Maroc par exemple on est passé de deux catégories ( maîtres arabisants et maîtres de français ) à un seule, tous les maîtres doivent désormais être bilingues.

Dire qu'au cours des premières années tous les cours seront en langue régionale, et que le français sera introduit progressivement durant le primaire c'est nier toutes les études sur l'enseignement précoce des langues et c'est donner voix au séparatistes les plus radicaux, en un mot c'est un scandale!

Monsieur le Ministre oublie que ce XXème siècle a survalorisé les différences. La description et la dissection par les sciences humaines des langues, des croyances, des civilisations où l'on recherchait tout ce qui différencie en oubliant les indispensables synthèses nous a focalisé sur nos différences en nous faisant perdre de vue tout ce que nous avons en commun.

Cette survalorisation , cette focalisation sur les  différences culturelles devient un mur qui me paralyse devant l'autre, rejeté par mon incompréhension dans l'indéchiffrable!

Cet oubli de l'universalité de l'espèce humaine me rejette dans la pensée archaïque des tribus ancestrales, qui n'avaient qu'un seul mot pour désigner les humains en général et les humains en particulier. La tribu c'était les hommes, nous; les autres c'était autre chose, une autre espèce.

On le voit bien, les tenants du régionalisme adoptent un complexe de supériorité qui est très vite suivi de son cousin " le mépris" et de sa traduction politique "la xénophobie" : la Bretagne aux Bretons, la Corse aux Corse, le Pays Basque aux Basque, le Sud aux Occitans et dehors les étrangers!

Le rôle de l'école est à l'inverse de montrer que sous l'iceberg des différences il y a deux tiers immergés qui sont la partie immergée de notre commune humanité.

Les langues sont, au-delà de nos différences la preuve même de l'universalité de l'espèce. Si ce n'était pas le cas, aucune traduction ne serait possible, aucun apprentissage de langue tardif, aucune comparaison entre les cultures, aucune compréhension des civilisations passées, aucune clé pour déchiffrer les croyances, les coutumes, les habitudes.

Enseignons les langues régionales à l'école publique pour ceux qui le souhaitent, par des maîtres de l'éducation nationale formés qui pourront s'appuyer sur ces racines, pour favoriser l'apprentissage et la maîtrise de la langue française et des langues étrangères grâce aux universaux de langue qui sont autant de passerelles entre les langues et entre les hommes.

Les linguistes savent bien pourquoi il devient plus aisé d'apprendre une nouvelle langue lorsque l'on en connaît déjà deux ou trois, les universaux logicaux-sémantiques, grammaticaux, acoustiques et articulatoire existent, beaucoup les ont rencontrés.

Evitons le dogmatisme culturel, accueillons les langues régionales, les langues des petits immigrés de nos classes, valorisons-les en abordant de front tout se qui sépare, clichés ou stéréotypes, pour aller vers l'universel au lieu au lieu de se crisper sur sa culture, sa région, son village dans des formes rigides et conservatrices.

Ouvrons-nous aux autres en considérant leurs langues, leurs cultures comme modalité particulière de l'universel.
Oui aux langues régionales à l'école publique sous forme optionnelle comme point de départ, socle, racines base de comparaison et d'ouverture vers d'autres régions, d'autres pays, d'autres langues, d'autres cultures.

Non à l'intégrisme, au dogmatisme culturel, à la pétrification identitaire, aux concours spéciaux, à l'apprentissage obligatoire, à la survalorisation des différences et des particularismes, aux décisions anticonstitutionnelles et antirépublicaines.

7.4.01 - Académie de Versailles

Ces deux circulaires me semblent appeler certaines remarques.

La première, de fond : quelle place est faite aux langues étrangères dans le système si on introduit  les langues régionales dès la maternelle? Il n'y a plus de place que pour une seule LVE (circ sur les LR, §II,1,b et II,2,b). Ce qui ne peut qu'être dommageable à la construction européenne à laquelle on se réfère pourtant, car on sait bien quelle sera la langue choisie. Et cela ne pourra qu'être dommageable également à l'enseignement de notre langue hors de nos frontières.

D'autres remarques, toujours sur cette circulaire:
a) §III, 2,b: "des maîtres formateurs et des conseillers pédagogiques pour les LR": oui, mais qu'attend-on pour une option CAFIPEMF langues étrangères?
b) "contingent de places réservées au concours": c'est la porte ouverte aux quotas en tous genres.

Remarques portant sur la circulaire sur l'enseignement en LR par immersion (bilingue).
1) Il semblerait que dans ce cas, il puisse y avoir 2 LVE, puis que l'on évoque la première LVE en cycle 3.Mais ce n'est pas clairement dit.
2) §III, 2: il y est question de "maîtres d'application": depuis les arrêté et circulaires de 85 sur le CAFIMF, cette appellation n'a plus cours!
3) §IV,2: "indemnités": Et pourquoi dans ce cas, et pas pour l'EPS ou les maths? (ma mère, institutrice à la retraite depuis 73, a passé une option EPS devant lui valoir une compétence et une majoration salariale quand elle a été recrutée il y a plus de 55 ans, indemnité qu'elle n'a jamais touchée...).
4) Au début de la circulaire, il est question de l'apprentissage de l'écrit en LR, qui peut se faire "en même temps ou avec un décalage temporel".
Mon avis, sur l'expérience de mes fonctions à l'étranger, est qu'il vaut mieux différer un peu. Mais ce projet de  texte laisse une marge, qui va décider et en fonction de quoi? Laisse-t-on le maître se déterminer en fonction des élèves, comme ils sont? C'est possible, mais il faudrait le dire.
5) Au début toujours, on précise que les programmes seront les programmes nationaux. Intégralement? Ne veut-on laisser aucune place à des adaptations locales nécessitées par cet enseignement bilingue de LR? Ou doit-on comprendre que même le programme spécifique sera national? Comment cela se peut-il, puisqu'il ne sera fait que là? (je pense à l'histoire et à la culture régionale, éventuellement transfrontalière).

NB. Mon avis ne vaut que ce qu'il vaut. Je crois toutefois être un peu "autorisé" dans ces domaines, étant germaniste de formation et linguiste (linguistique générale), ayant beaucoup servi à l'étranger comme enseignant et comme attaché linguistique ou attaché de coopération éducative, après le stage long du BELC en 82-83. Au cours de mes séjours, j'ai participé en Grèce, dans une commission ministérielle, à la rédaction des curricula et d'un manuel pour le français langue étrangère au primaire. Ceci explique ma première remarque de fond.

5.4.01 - Académie de Bordeaux

Les dangers du bilinguisme : le risque d’un « apartheid scolaire »

Les projets de circulaires sur les langues régionales, comme le discours du ministre sur les langues vivantes à l’école primaire (29 janvier 2001) engagent délibérément l’école sur la voie d’un bilinguisme en langue régionale où se mêlent avec une totale ambiguité intérêts militants  et arrière-pensées politiques de toutes sortes.

Les positions prises par l’UNSA dans ce domaine ne sont pas à la hauteur des enjeux de cette société éducative dont elle a fait son projet : ici on s’oppose à l’intégration des écoles associatives au seul prétexte que le service public offrirait déjà du bilinguisme - mais sans se poser la question de la pertinence de ce bilinguisme - , là on récuse l’éventualité d’un enseignement obligatoire en exigeant le libre choix des parents - mais sans se demander si cette liberté de choix peut vraiment exister et sur quoi elle serait fondée.

Les quelques éléments suivants, extraits du projet de circulaire sur le bilinguisme, mettent en évidence ce qui pose problème et constituent une contribution au débat qu’il faut ouvrir sur cette question qui met en cause la nature même de l’Ecole de la République.

 1 – L’assimilation « bilinguisme à parité horaire » et « bilinguisme par immersion » montre qu’il s’agit bien d’une même forme d’enseignement, justifiant ainsi – sans le dire – l’intégration prochaine des écoles associatives au sein d’un service public qui a déjà les mêmes pratiques.

 2 – L’assimilation « langues régionales » et « langues vivantes étrangères » fait l’amalgame entre deux « disciplines » ayant des objectifs fondamentalement différents :

-   les langues régionales visent la construction d’une identité régionale et l’insertion dans un réseau de communication limité privilégiant les particularismes locaux ;

-  les langues vivantes étrangères visent la construction d’une identité européenne, l’insertion dans un réseau de communication européen, l’ouverture vers une autre culture, la reconnaissance réciproque du français dans les autres pays. 

3 – Le principe « un maître » / « une langue », négation même du bilinguisme qui est par définition le fait d’une même personne, pose deux problèmes :

-   il conduit à donner aux écoles bilingues des moyens supplémentaires considérables, évidemment très attractifs (par exemple 6 maîtres pour 4 classes dans une école ayant 4 sections bilingues), sauf à constituer des réseaux d’écoles réservées aux élèves bilingues ;

-   il est contraire au principe retenu pour les langues vivantes étrangères dont l’enseignement doit s’inscrire dans la polyvalence du maître. 

4 – Le recrutement spécifique de maîtres « régionaux ».

Signe évident du caractère artificiel de l’enseignement de langues qui ne s’inscrivent pas – ou plus – dans une pratique sociale, un recrutement spécifique pose le problème majeur de la « préférence communautaire » en rupture totale avec les principes républicains qui régissent actuellement le service public. 

5 – L’implantation régionale d’un réseau de classes ou d’écoles privilégiant une langue régionale est un modèle qui peut répondre à deux logiques distinctes :

-   soit la logique d’un milieu où la langue régionale constitue pour la plupart des habitants la langue maternelle et la langue de communication sociale (cas du créole par exemple ?) : alors il s’agit de prendre en compte une réalité linguistique permettant de respecter les intérêts de l’éducation des enfants en créant les conditions optimales de leurs apprentissages et de leur développement intellectuel ;

-   soit la logique d’un milieu où la langue régionale constitue une pratique marginale (survivance du passé, mobilité de la population, …) : alors il s’agit en fait de créer un système scolaire différent fondé exclusivement sur la volonté des adultes et habillé sous les prétextes divers de la décentralisation (version politique), de la sauvegarde d’un patrimoine (version ethnologique) ou des bienfaits intellectuels d’un bilinguisme (version pédagogique), dont on ne voit d’ailleurs pas pourquoi, s’il est le modèle de référence, il serait réservé aux seuls militants de la cause régionaliste. 

6 – L’objectif de diversification des langues vivantes étrangères et le développement des langues régionales.

Doit-on considérer que « l’avenir de notre pays et des jeunes européens impose la maîtrise d’au moins deux langues vivantes étrangères en plus de la langue maternelle » ou bien faut-il admettre que les langues régionales sont des langues de proximité parlées au-delà de nos frontières, et qu’il suffira de débuter ensuite au collège l’apprentissage de deux langues vivantes ? 

7 – La « carte des langues »

Le dispositif « bilingue » tels qu’il est déjà mis en œuvre pour les langues régionales est présenté comme le modèle qui doit se développer et s’étendre progressivement à toutes les langues, ce qui se traduira nécessairement par des réseaux, organisés certes dans le cadre d’une carte des langues, mais dont il serait naïf de penser qu’elle pourra ne pas générer des phénomènes de ségrégation de toutes sortes et aller fortement à l’encontre du « vivre ensemble » qui constitue le fondement essentiel de notre conception de l’Ecole de la République.

  Conclusion

 La nécessité de développer l’enseignement des langues ne doit pas conduire à dénaturer l’école publique, ni à la mettre dans l’incapacité de remplir ses missions essentielles, ni à la désorganiser en lui imposant des contraintes irréalisables.

La diversité est nécessaire, mais dans les limites de la Constitution et du contrat moral entre l’Ecole et la Nation. Si ces principes devaient évoluer, ce ne pourrait être que dans le cadre d’un débat démocratique où le parlement devrait prendre pleinement ses responsabilités.

4.4.01 - Académie de Toulouse

Quelques mots de réflexion sur les deux projets de circulaires:

-la conduite d'activités en langue régionale posera le problème de l'inspection des personnels: les IEN ne risquent-ils pas d'être supplantés par des inspecteurs de "spécialité" (IPR-IA) ? Il est d'ailleurs prévu dans le texte que le coordonnateur académique soit associé à l'inspection des enseignants de l'école primaire (p 5); qu'est-ce qui primera alors: la compétence dans la discipline enseignée en langue régionale ou la compétence en langue régionale proprement dite ? Quelle pratique pédagogique sera valorisée ? Cette question me semble être à intégrer dans notre action actuelle sur l'égale dignité et reconnaissance (à tous points de vue) des inspecteurs du premier et du second degré.

-Il est aussi prévu (p 7) l'intervention d'enseignants du second degré dans les écoles maternelles et élémentaires. Même problème que précédemment (inspection, contrôle, autorité hiérarchique, pédagogie pratiquée).

-La réservation de places au concours de l'IUFM (p 8) me semble une porte ouverte à des revendications équivalentes pour des compétences particulières (autres langues vivantes et pourquoi pas en musique, en EPS, etc) qui peuvent toutes apparaître légitimes au regard des besoins du système. Est-ce acceptable ? Si l'intention apparaît louable, le problème posé me paraît très complexe.

-Le contenu même de l'enseignement en langue régionale (langue et culture) me paraît nécessiter une vigilance particulière: on pourrait se retrouver devant le même problème que celui parfois rencontré avec les enseignements de langue et culture d'origine intégrés au temps scolaire pour lesquels la dimension culturelle de la langue peut véhiculer des contenus, des valeurs discutables dans le cadre de l'école publique laïque et républicaine: certains régionalismes pourraient dériver vers des  abus de ce type. Quelles compétences devra posséder l'IEN pour contrôler cet aspect ? Quelle sera sa place si manifestement il ne peut se faire son idée parce qu'il ne maîtrise pas la langue ? A la longue, es postes d'IEN seront-ils aussi à profil ? Le projet relatif au bilinguisme accentue le problème puisqu'il y aurait nécessairement des postes à profil pour les enseignants capables d'enseigner en langue régionale.

-Je ne partage pas l'idée d'ouverture qui préside à la conception du texte sur le bilinguisme. J'ai déjà évoqué plus haut les problèmes liés à des régionalismes d'opposition. Les débats récents sur l'enseignement du corse ont bien montré les problèmes liés à ces "ouvertures", sans parler de ce qui peut être travesti sous couvert de régionalisme (cf problème basque). Par ailleurs, pour avoir fait un stage européen, je me souviens parfaitement avoir entendu les responsables insister pour que le rapport soit rédigé dans l'une des langues largement utilisées dans le cadre de l'Europe et surtout pas en catalan par exemple. Enfin, les classes bilingues pourraient recréer des ségrégations et des filières pour des milieux socio-économiques ou socio-culturels particuliers (voir déjà par exemple le rôle que peuvent jouer les classes à horaire aménagé pour la musique) dans une société où les besoins de solidarité sont plus que jamais présents. On insiste d'ailleurs (p 4) sur le fait que les élèves devront posséder les mêmes compétences pour une discipline en français et en langue régionale: ce seront donc, me semble-t-il, essentiellement de "bons" élèves. Ce n'est pas en mettant l'accent sur les différences qu'on crée l'acceptation de l'autre: c'est en mettant l'accent sur les ressemblances, ce qui fait que deux enfants sont également dignes d'intérêt. Sans parler de la non équivalence effective des diverses langues pour l'accès à la culture de l'écrit (cf Bentolila qui a dit quelque chose comme "il y a des langues qui ferment les portes du ghetto, il y an a d'autres qui ouvrent les portes du monde").

-Comment se fera la concertation entre les deux enseignants de la classe bilingue ? Sur quel temps ? On connaît le problème que pose déjà le concertation entre deux mi-temps sur le même poste. Ce problème, en rapport avec la cohérence de l'action éducative, se posera forcément et ce sont les élèves qui ne bénéficieront pas de repères stables dans leur milieu familial, leur permettant de vivre sans problème les fluctuations et dysharmonies de l'école, qui en subiront le plus les conséquences, me semble-t-il.

-Il est dit que les IEN devront soutenir les sites bilingues (p 8). Comment ? Et pourquoi plus les soutenir que les autres écoles ?

-Des indemnités seront données aux maîtres (p 9). Cette nouvelle différence introduite me semble receler potentiellement bien des sources de conflits et difficultés.

Pour conclure, le rôle des IEN dans le dispositif me semble à évaluer avec soin (contraintes, avantages, inconvénients, responsabilités et moyens de les exercer). Je pense que le statut des langues régionales ne devrait pas être différent de celui des langues dites étrangères: les familles choisissent, et on peut peut-être le regretter, les langues qui leur semblent présenter des intérêts : langues régionales pour communiquer avec les parents et grands-parents là où elle est vivante, langue étrangère pour  des questions utilitaires et d'avenir professionnel. Je suis d'accord pour une offre large, pour la lutte contre l'éventuelle domination extrême d'une langue (ex: inconvénients liés à l'omniprésence de l'anglais) et pour la préservation de langues régionales, mais il faut manier le dispositif avec prudence: pour être motivé par l'apprentissage, il faut d'abord posséder un enjeu de communication autre que scolaire.

1.4.01 - Académie de Paris

J'ai vu dans le Monde du 31 mars 2001 avec intérêt et inquiétude que l'accident de train de Belgique était dû à l'incapacité de se comprendre des deux cheminots en cause : le flamand et le wallon. Or il est censé exister le bilinguisme en Belgique.

Par ailleurs lorsqu'un Suisse germanophone rencontre un Suisse francophone, ils parlent anglais pour se comprendre.

Tout cela pour dire que les évolutions peuvent être rapides !

La circulaire sur l'enseignement bilingue des langues régionales décrit une situation idéalisée, de façon purement administrative, sans tenir compte des enjeux politiques de cet enseignement. Car il s'agit finalement de fournir les moyens de grammatiser des langues qui n'avaient qu'un statut secondaire, et par là-même d'ouvrir la porte à des revendications qui seront  de plus en plus identitaires.

Tout cela me semble masquer le manque d'une politique linguistique dans le cadre de l'Europe, car comment facilitera -t-on les échanges entre les citoyens européens en grammatisant et développant les langues régionales?

A mon sens, en raison de la puissance politique et commerciale des USA, l'anglais est incontournable. Pour préserver la puissance française, c'est le véritable bilinguisme qu'il faudrait développer dès la maternelle, ce qui permettrait ensuite au niveau du collège de s'intéresser à d'autres langues européennes. Des pays comme l'Allemagne ou les Pays-Bas l'ont compris.

La France, quant à elle, par les décisions qu'engageront ces circulaires à moyen terme, semble avoir la vision d'une Europe des Régions où le français passera au second plan, y compris si l'on n'y prend garde à l'intérieur du territoire national.

25.3.01 - Académie de Toulouse

Un très bref message pour faire part de mon opposition totale ainsi que de celle  de plusieurs collègues au projet de circulaire sur l'enseignement bilingue qui ,au vu des expériences déjà effectuées dans ce domaine ,mettrait réellement en cause l'école de la République et contribuerait a encourager toutes les formes de communautarismes et de particularismes locaux. Le projet de texte consiste pour l'essentiel a la reprise de la circulaire rectorale du recteur de Gaudemar du 10/01/2000 qui très heureusement n'a pratiquement pas été appliquée dans l'académie....

25.3.01 - Académie de Bordeaux

Voici quelques remarques concernant le projet de circulaires sur les langues régionales.

 - contradiction entre la banalisation affichée des langues régionales dans le cadre de l'enseignement des langues étrangères et la mise en place d'un concours spécifique de recrutement (pourquoi pas un tel dispositif pour les langues étrangères?). On ignore d'ailleurs les termes d'un éventuel engagement des lauréats "spécifiques": enseignement exclusif sur des postes langue régionale?

 - dispositif d'évaluation (p 6): un flou absolu!

 - coordonnateur académique, chargé de mission pour les langues: pourquoi pas. On ne peut que regretter que pour le secteur AIS un coordonnateur académique n'ait jamais été institué malgré des demandes très anciennes et récurrentes.