Méthode globale de lecture - éducation prioritaire - apprentissage à 14 ans - bivalence des professeurs de collège : maladresse ou provocation ?

 

 

 

Décidément notre ministre, qui déclare vouloir travailler par petites touches successives pour remodeler le système éducatif, a plutôt la main lourde depuis quelques semaines…

 

La difficulté vient du fait que les problèmes sont bien posés, mais que la réflexion visant à les résoudre débouche souvent sur leur amplification !

 

Certes, le fonctionnement du système éducatif mérite d’être interrogé et chacun s’accorde à constater que certains élèves ont bien des difficultés à s’adapter au collège pour tous (mais au fait, est-ce vraiment à eux de s’adapter, ou à la structure d’évoluer pour répondre à de nouveaux enjeux sociaux ?). Cependant, répondre à ces difficultés par « l’apprentissage junior » a inévitablement un relent d’exclusion qui ne peut qu’induire de légitimes résistances de la part de tous ceux qui se battent pour plus de justice sociale et pour l’égalité des chances.

 

Comment contester la pertinence d’un débat sur la lecture quand trop d’élèves restent en marge du savoir par suite d’une insuffisante maîtrise de l’écrit comme de l’oral ? Améliorer les résultats des élèves en ce domaine dès l’école élémentaire, voilà un objectif que nul pédagogue ne désavouerait. Pourtant, proposer le rétablissement de la méthode syllabique et l’éradication de toute autre approche paraît pour le moins maladroit… ou provocateur !

 

Mais M. De Robien sait continuer à nous surprendre et n’hésite pas à placer la barre très haut : en évoquant, dans le cadre du Grand Jury Le Figaro-RTL-LCI, la bivalence des enseignants du second degré, il s’attaque à un puissant tabou. Hélas, une fois encore, la brutalité n’est pas une bonne solution. Certes, le principe de la bivalence n’est sans doute pas à rejeter a priori. Il peut constituer un bon moyen d’assurer une meilleure continuité entre école et collège, pour autant qu’il représente un réel souci de mieux répondre aux besoins des élèves.

 

Depuis longtemps le SI.EN-UNSA Education souhaite que soit développée la réflexion sur ce point, mais en évitant toute provocation qui ne peut conduire qu’à raidir les positions des uns et des autres. Il est urgent que notre ministre retrouve toute la légitimité qui devrait être la sienne dans le débat pédagogique ; pour cela, il devra renoncer aux effets d’annonce et engager résolument le dialogue avec ceux qui souhaitent rendre le système éducatif plus juste et le service public d’éducation plus efficace.

 

Notre organisation est prête à y participer, dans l’intérêt des élèves qui mérite que chacun se mobilise.

 

Une dernière chose, M. le Ministre : si d’aventure il vous prenait l’envie de vous préoccuper de la situation des corps d’encadrement et de rechercher pour eux « la seule solution conforme à l'évolution pédagogique du système clairement mise en oeuvre actuellement », allez voir dans le rapport de l’Inspecteur Général Pierre DASTÉ, mais ayez la gentillesse de tourner suffisamment la langue dans la bouche avant de provoquer de nouvelles tensions !

 

Tout au long de l’histoire, les structures éducatives ont évolué pour s’adapter aux changements de la société ; il n’y a aucune raison qu’il n’en aille pas de même aujourd’hui, cependant la révolution gagnerait sans doute à être non violente !

 

Il fut parmi vos prédécesseurs des bretteurs qui y brisèrent leur lame et leur fougue, puissiez-vous faire preuve de plus de patience… et d’efficacité !

 

Contact : Patrick ROUMAGNAC

SG SI.EN UNSA Education (Syndicat de l’Inspection)

01.43.22.68.19  sien@unsa-education.org