EVALUATION CE1 - dépêche de l'AEF

Paris, Mardi 21 novembre 2006, 11:14:12

 Les premiers résultats de l'évaluation en cours de CE1 portant sur la lecture alarment une partie du corps enseignant et des organisations syndicales du premier degré, selon des informations recueillies par L'AEF.

Ces résultats font en effet apparaître un pourcentage d'élèves en difficulté de lecture que d'aucuns jugent "excessif".

En moyenne, 30 à 40% des élèves des classes de CE1 seraient ainsi en difficulté de lecture, et jusqu'à 70% dans certaines ZEP (zones d'éducation prioritaire), selon le SE-UNSA et SNUIPP-FSU, là où les professeurs des écoles n'en observent d'habitude que 10 à 15%.

"Le contenu de cette évaluation n'est pas approprié et fait apparaître un nombre d'élèves en difficulté avec la lecture trop important, et qui ne correspond pas à la réalité des classes", affirme Philippe Niemec , secrétaire national au SE-UNSA.  

Décidée à titre expérimental en 2005, la généralisation de l'évaluation de la lecture en CE1 a été actée par le Premier ministre, Dominique de Villepin

La circulaire lecture du 3 janvier 2006 y faisait également référence, tout comme la circulaire de rentrée 2006.

L'évaluation des apprentissages fondamentaux s'effectue en CE1, à partir de la rentrée 2006.

Elle est organisée dès le mois d'octobre, "laissant ainsi le temps d'apporter les aides nécessaires aux élèves qui ne seraient pas parvenus à surmonter tous les obstacles en français et en mathématiques".

Telle qu'elle est proposée, l'évaluation permet de classer les élèves en trois catégories.

Deux carnets d'exercices ont été envoyés aux professeurs.

La première batterie de tests doit repérer les élèves pour qui l'apprentissage de la lecture ne pose aucun problème et ceux qui rencontrent des difficultés.

C'est à ce dernier groupe d'élèves que s'adresse la seconde batterie de tests.

Celle-ci doit distinguer les élèves en légère difficulté de ceux en grande difficulté, qui constitueront le public des futurs PPRE (programmes personnalisés de réussite éducative).

 CALIBRAGE DES TESTS  

À l'instar de Bernadette Groison, co-secrétaire générale du SNUIPP-FSU, les enseignants remarquent que certains des items contenus dans les tests relèvent de l'ancienne évaluation CE2, d'autres soulignent encore le manque de temps pour compléter les exercices et estiment l'évaluation beaucoup trop difficile pour des CE1.

"On ne peut pas exiger la même chose en début de CE1 qu'en début de CE2", résume Philippe Niemec.

"L'apprentissage de la lecture se poursuit tout au long du cycle", ajoute le syndicaliste.

Du côté des IEN (inspecteurs de l'Éducation nationale) du SI-EN-UNSA, on constate également que les tests "sont manifestement mal calibrés pour un CE1".

"Il leur manque certaines compétences ou alors celles-ci sont insuffisamment maîtrisées", observe Patrick Roumagnac , secrétaire général.

 Interrogée par L'AEF, la DGESCO (direction générale de l'enseignement scolaire) attend d'avoir l'ensemble des données (d'ici la fin novembre) avant de commenter les résultats de l'évaluation.

Elle reconnaît cependant la difficulté d'une évaluation où l'on cherche d'abord à déterminer les compétences "de ceux qui ne sont pas en échec".

Selon plusieurs observateurs, la difficulté des tests CE1 s'expliquerait par la trop grande facilité des tests l'an dernier.

À l'époque, ceux-ci étaient encore expérimentaux.

"Le filet semble avoir cette année des mailles trop étroites, alors qu'elles étaient trop lâches l'an dernier", avance un expert.

"On progresse toujours par essais et erreurs", souligne un autre.

Chacun s'accorde pour dire que l'évaluation évoluera pendant quelques années avant de se stabiliser.

 MISE EN PLACE DES PPRE

 Mais dès lors, les organisations syndicales se demandent à quoi vont servir, cette année, ces évaluations.

"Le nombre d'élèves signalés en difficulté est tellement énorme qu'on ne peut pas se fonder sur ces résultats pour désigner les enfants qui devront bénéficier de PPRE", constate Philippe Niemec.

"Veut-on faire du chiffre avec?" se demande-t-il.

C'est avant tout l'expérience professionnelle du maître qui sera primordiale, relève, pour sa part, Patrick Roumagnac.

La DGESCO abonde dans le même sens: ce n'est pas parce qu'un élève aura échoué à l'évaluation de CEl qu'il sera automatiquement en PPRE.

"Ce n'est ni l'esprit, ni la demande." "L'enseignant est totalement responsable des apprentissages de ses élèves", rappelle-t-elle.

Le PPRE doit être mis en œuvre pour les élèves dont l'équipe enseignante estime qu'ils n'atteindront pas les objectifs en lecture à la fin du cycle.

Des objectifs par rapport au socle commun qui n'ont cependant pas encore été définis.

 Tandis que le ministère demande de faire remonter les résultats de l'évaluation, les organisations syndicales échaudées par la polémique sur l'apprentissage de la lecture, demandent une concertation avec la rue de Grenelle et conseillent la prudence aux enseignants.

"Nous ne sommes pas trop pressés de faire les remontées", affirme Bernadette Groison.

Le SI-EN, lui, entend apporter sa "critique constructive" en faisant remonter des circonscriptions une "information globale" mais aussi les objections des professeurs et des IEN.

 Pour le ministère, il n'est pas question d'une évaluation-bilan, la remontée n'a qu'un seul objet, "rendre compte des résultats moyens dans les académies et au niveau national".

 Rédacteur : Grégory Danel - gregory.danel@L-aef.com (01 53 10 39 44)