Quand de ROBIEN part en guerre contre la méthode globale…  

et contre les inspecteurs.

   

Lu dans la presse, par exemple dans La Voix du Nord du 9 décembre page 20,  sous le titre "G. de ROBIEN part en guerre contre la méthode globale", cette information abracadabrante :  

Le ministre de ROBIEN a fait part de sa position d'abord sur les ondes de RMC puis dans l'hémicycle de l'Assemblée: "Il faut revenir aux méthodes syllabiques et signifier aux inspecteurs qu'ils doivent cesser de sanctionner les enseignants qui la pratiquent"  

Les critiques et l'ironie des enseignants, des syndicats, des parents d'élèves, des chercheurs s'amplifient de jour en jour. Heureusement, le ridicule ne tue pas encore. Le  ministre aurait pu faire l'économie d'une démonstration de sa légèreté et de son incompétence dans le domaine de l'apprentissage de la lecture, de son ignorance également quand on sait que la mise en cause des méthodes traditionnelles était fondée sur le constat de leur échec et non sur des fantaisies de ministres et de chercheurs des années 60 et 70.  

Sur la condamnation sommaire d'une méthode que je n'ai jamais vue en 27 ans de carrière d'inspecteur, il n'est guère utile d'alimenter la polémique et le combat féroce des ultra conservateurs. Ces extraits de la belle lettre de Gaston MIALARET au ministre suffisent à justifier la colère et la déception de la majorité des enseignants : 

Au-delà des querelles sur les méthodes … qui datent depuis plus de 100 ans, une réflexion sur ce qu’est une méthode permet d’apporter quelques lumières. Une méthode n’existe pas en soi ; elle n’existe qu’à travers un éducateur qui la met en œuvre et plusieurs facteurs sont à considérer avant de pouvoir porter un jugement sur la valeur de telle ou telle méthode. Une méthode est un ensemble de démarches psychologiques et pédagogiques (quelquefois même sociologiques) qui amène le sujet à l’apprentissage de la lecture. On a distingué, et depuis très longtemps, les démarches synthético-analytiques (en gros les méthodes syllabiques) et les démarches analytico-synthétiques (appelées – un peu à tort- les méthodes globales). Mais nous savons que les maîtres (qui ont officiellement la liberté de choix de leurs méthodes) adaptent plus ou moins, et selon leur personnalité, leur formation antérieure, les publics élèves qu’ils ont devant eux, le milieu social dans lequel ils enseignent, la méthode choisie. (…)

Vous comprenez pourquoi, Monsieur le Ministre, quand je vous ai entendu condamner une méthode d’apprentissage sans aucune justification scientifique, sans expliquer les avantages et les inconvénients de chacune des méthodes actuelles, j’ai cru rêver car votre attitude était à l’inverse de celle que nous essayons de développer chez tous nos étudiants et chercheurs : la nécessité d’éliminer, dans tout jugement objectif, la part d’opinions, l’influence des modes pédagogiques (les modes existent aussi en pédagogie), le besoin de satisfaire telle ou telle clientèle électorale ou autre.  

La mise en cause de l'honnêteté intellectuelle et morale, de la loyauté, du sens du service public des inspecteurs de l'Education Nationale, méritent quant à elle une mise au point et une demande solennelle  d'explication.  

Jamais un ministre n'avait mis en cause de telle manière notre corps. Reconnaissons qu'il y a de quoi s'émouvoir et de quoi envisager un désengagement dans la régulation du fonctionnement du système éducatif. Ah quoi bon travailler autant pour si peu de reconnaissance et de respect ?  

S'il suffit que deux ou trois enseignants ultra conservateurs, flairant habilement l'air du temps, profitant de la complaisance des médias, sans la moindre preuve, sans la moindre argumentation scientifique, déclarent qu'ils sont contraints de se réfugier dans la clandestinité pour faire l'école comme au début du 19ème siècle, qu'ils souffrent du harcèlement d'inspecteurs qu'ils jugent incompétents, pour que le ministre livre ses cadres à la vindicte populaire et les condamne… alors c'est toute l'Ecole de la République qui est en danger.  

Mais n'est-ce pas là le but final ? Détruire l'école, avec l'abandon de la scolarité à 16 ans, avec le retour aux pratiques élitistes et ségrégatives, avec la survalorisation de la compétition, la menace sur la formation des enseignants, la menace sur l'école maternelle, les incohérences sur les REP, la réduction des moyens, l'abandon de la recherche, la mise à mort des mouvements pédagogiques….  

Il serait bien nécessaire que le ministre s'explique sur cette injonction au corps des IEN….  

Pierre FRACKOWIAK - le 11/12/2005