Intervention de Patrick GONTHIER Secrétaire général de l’UNSA Education
 

20/09/2010 :
Nous sommes face à l’intransigeance d’un gouvernement qui pratique un dialogue social d’apparence. Face à un gouvernement et à un président qui soigne les financiers et les clientèles les plus aisées. Face à un gouvernement qui aura, depuis son arrivée en 2007, aggravé les inégalités, creusé les écarts, favorisé comme avec la loi TEPA les plus fortunés avec des ristournes aussi colossales qu’indécentes.

La lecture et l’analyse du programme de l’UMP, avant les élections n’avaient laissé à ma fédération l’UNSA Education, aucune illusion sur la politique que nous aurions à subir et à combattre. Il était pourtant facile, à l’issue des élections, de se perdre tant le président brouillait les pistes et les repères, parlant en façade du retour de l’Etat pour mieux s’ingénier, en coulisses, à l’affaiblir et à le démanteler. Le président arrivaient même à faire passer pour sincères ses indignations sélectives des G 20.

Le gouvernement n’a eu, n’a de cesse de dresser les uns contre les autres, de fabriquer des épouvantails, de chercher de commodes boucs émissaires pour temps de crise. Hier, c’étaient les « lève tôt » contre les « assistés ». Hier et aujourd’hui encore, les fonctionnaires étaient désignés comme une charge accablante pour la nation. La dérive sécuritaire atteint son comble avec tant d’amalgames et de mensonges. Des lois sont en permanence fabriquées à partir de faits divers. Ce gouvernement ne cherche pas à rassembler mais à diviser, ils ne cherchent pas à faire raisonner mais à effrayer.

La réforme des retraites aura été présentée comme inéluctable, incontournable. Les explications « techniques » auront masqué les intentions politiques : porter l’insécurité sociale auprès de chaque citoyen pour favoriser à terme, malgré les discours sur la répartition, les sociétés d’assurances, pour favoriser à terme l’individualisme exacerbé qui casse les solidarités et les cohésions.

Nous allons donc débattre de l’action. Nous allons confronter nos points de vue, nos analyses et sans doute nos approches différentes. L’action contre la réforme des retraites est une action de longue durée. Le syndicalisme a pris, tout au long de cette bataille, ses responsabilités à plusieurs titres :
- En argumentant, en démontrant point par point le caractère injuste de cette réforme, mais aussi en proposant des réponses alternatives qui ont reçu le soutien de l’opinion publique. Les positions cohérentes de la CGT, de la CFDT, de l’UNSA ont pesé lourd pour que les plates-formes restent crédibles et...réformistes.
- En maintenant une unité sur la durée qui, seule, a fait reculer, sur quelques points le gouvernement.

Aujourd’hui, nous sommes à mi-chemin de la loi. Le passage au Sénat est la dernière étape.

Notre démarche syndicale, à l’UNSA, tient en trois points :
- 1) mobiliser public et privé pour que le rapport de forces permette la renégociation ou de nouvelles concessions ;
- 2) poursuivre auprès des groupes, des élus un travail d’information et surtout de persuasion ;
- 3) proposer des modes d’action qui reçoivent le soutien le plus massif des salariés.

Ce dernier point est essentiel dans le contexte social et syndical que nous connaissons avec un syndicalisme en état de faiblesse sur le plan numérique, avec un état de défiance des citoyens vis-à-vis des politiques et de leur crédibilité. Les syndicats reçoivent encore, à l’opposé, une confiance qui reste à consolider.

Tous ces points sont soutenus par ma fédération, l’UNSA Education. Ce sont eux qui doivent nous servir de points d’appui pour prendre une décision qui nous engage tous. Le contexte syndical pèse lourd. Les masques sont jetés particulièrement du côté de FO comme du côté de la FSU et de Solidaires.

FO ne joue pas l’intérêt général du syndicalisme mais les intérêts de sa propre boutique. FO n’a qu’une obsession : les élections de 2011 et l’échéance de 2013.
La FSU et Solidaires hésitent, jouent le jeu de l’intersyndicale et tentent le lendemain de s’en dissocier. La CGT est tiraillée entre ceux qui poussent la CGT vers la radicalité et ceux qui acceptent que la lutte débouche sur des compromis.

La question qui est posée est celle de l’après 23 septembre qui sera, je n’en doute pas, la date d’une mobilisation massive.

Quels moyens d’action ? Grève reconductible (faite par qui ?) ou manifestation nationale à la même date ?

Le cadre unitaire, quelle que soit la réponse, s’il doit être préservé ne peut, à notre avis, l’être à tout prix.

Il faut une action lisible qui reçoive l’adhésion des salariés. Pour nous, des manifestations à une date nationale est la réponse la plus adaptée, la plus cohérente dans notre démarche réformiste.

Une action « radicale » sans soutien serait grave pour le syndicalisme.

Une manifestation ou des manifestations le même jour seraient, pour l’UNSA Education, l’expression de « notre » radicalité, celle d’un réformisme exigeant.