Lycée : l'amorce d'une réforme

(L'enseignement Public - décembre 2009)


Malgré plusieurs réformes successives et des avancées (en 20 ans on est passé de 20% d'une classe d'âge au niveau du bac à plus de 60%), le lycée a besoin de s'adapter au monde d'aujourd'hui. 50 000 jeunes quittent encore le lycée sans diplôme et un étudiant sur deux arrivant à l'université ne passe pas le cap de la première année, soit plus de 120 000 jeunes par an.
Inspirée du rapport de Richard Descoings, la réforme du lycée nouvelle version a été présentée par le président de la République le 13 octobre dernier. Elle vise à « faire évoluer le lycée, progressivement mais profondément pour l'adapter à la diversité du public qu'il accueille » et à « le considérer comme une première étape de l'enseignement supérieur ».
 

Six grands axes se dégagent, avec les mesures qui les accompagnent :
• « Une orientation progressive et réversible » qui permettrait à chaque lycéen de changer de filière (grâce à des « stages de remise à niveau » ou des « stages passerelles ». La classe de première deviendra plus générale et la terminale plus spécialisée. Chaque élève bénéficiera du tutorat d'un professeur et les contacts vers l'université et le monde de l'entreprise seront multipliés.
• Rééquilibrer les séries et les filières pour mettre un terme à l'hégémonie de la série S. Revaloriser la filière STI par ses programmes ainsi que la filière littéraire en en faisant « une véritable série internationale ».
• Instaurer un accompagnement personnalisé pour tous les élèves de deux heures par semaine en petits groupes (pour 2010 en seconde; pour 2011 en première; pour 2012 en terminale ).
• Un « plan d'urgence » pour l'apprentissage des langues étrangères : révision de la nature et du contenu des épreuves du bac, multiplication des contacts avec des natifs ...
• Renforcer l'enseignement des disciplines artistiques et culturelles (enseignement transversal d'histoire des arts en particulier).
• Faire des lycéens de jeunes adultes responsables et autonomes par la mise en place d'un livret de compétences qui valorisent l’engagement extra-scolaire.
 

On est loin d'une réforme d'ampleur. Pour autant, c'est un premier pas, limité, mais qui peut se révéler porteur de changements plus profonds. Ainsi, le SE-UNSA, sans parler de réforme, souligne les « importants leviers de changement » que peuvent constituer certaines des mesures annoncées qui répondent aux deux objectifs essentiels que le SE-UNSA défend depuis 2008 : la notion de parcours - avec une seconde réellement exploratoire et une spécialisation progressive dans le cycle terminal (en première générale, le tronc commun représentera 60% des enseignements) ; un accompagnement personnalisé de 2 heures inclus dans l'emploi du temps de l'élève et le service des enseignants. Le SE-UNSA note également avec satisfaction « le maintien des TPE et le rôle renforcé du conseil pédagogique ».


Le SNPDEN souligne positivement les mesures sur « le droit à l'erreur, la valorisation de la filière technologique, l'importance de la poursuite des d'études dans l'enseignement supérieur et l'équilibre des séries ». Il juge que de nombreuses mesures rejoignent ses attentes, « même si quelques points, comme l'évolution de la STI, méritent d'être clarifiés ». Il se félicite que « le choix semble avoir été fait de s'appuyer sur l'initiative des établissements ». En revanche, il regrette que la question du baccalauréat « soit éludée » alors qu'elle est l'interface centrale entre les enseignements secondaire et supérieur, de même que l'articulation des enseignements du lycée avec ceux du socle commun soit peu abordée.


Une hiérarchisation bien ancrée


L'histoire du lycée, est marquée, comme le souligne Vincent Troger, par une logique de hiérarchisation. « En consacrant la victoire du secondaire [ ... ] la réforme Haby de 1975 entérine en quelque sorte la hiérarchisation symbolique des filières. [ ... ] C'est au tour des filières technologiques et surtout du lycée professionnel d'assumer un statut d'infériorité. Les disciplines enseignées n'ont pas échappé à ce processus. [ ... ] Les coefficients du baccalauréat et les volumes horaires accordés à chaque discipline constituent de ce point de vue des marqueurs explicites» .


Dénoncée depuis de nombreuses années par l'UNSA Education et ses syndicats, cette hiérarchisation, opposée à une démocratisation nécessaire, semble avoir, cette fois, retenu l'attention du gouvernement. L'annonce d'un rééquilibrage des filières et des séries et d'une orientation « choisie et non subie » vont dans le bon sens. Encore faut-il que les mesures proposées pour y parvenir soient véritablement a la hauteur des enjeux.


Bref, ce n'est pas la réforme avec un grand R. Bien des points restent dans l'ombre. Mais c'est l'occasion d'un premier pas significatif permettant de prendre en compte cette réalité : pour la quasi-totalité des bacheliers généraux et trois bacheliers technologiques sur quatre, le lycée n'est qu'une étape dans un cycle de formation qui se poursuit vers l'enseignement supérieur, des BTS à l'Université en passant par les écoles d'ingénieurs ou de commerce. C'est la raison pour laquelle, malgré toutes les limites ou insuffisances qui sont les siennes, la réforme du lycée est une occasion à saisir, une première étape à réussir.


Françoise Ducroquet francoise.ducroquet@unsa-education.org